La startup allemande Sereact vient de boucler une série B de 110 millions de dollars pour scaler son cerveau logiciel destiné aux robots industriels. Le tour, mené par le fonds international Headline et accompagné de Bullhound Capital, Felix Capital et Daphni, valorise pour la quatrième fois l’entreprise basée à Stuttgart, fondée en 2021 par les ex-chercheurs Ralf Gulde et Marc Tuscher.
Un logiciel qui rend n’importe quel robot adaptable
Sereact ne fabrique pas de robots. Elle développe des modèles dits VLAM (Vision Language Action Models), capables de combiner vision par ordinateur, compréhension du langage naturel et planification d’action dans un seul réseau neuronal. Concrètement, un bras articulé équipé du logiciel peut estimer si sa préhension va casser un objet fragile avant même de refermer son gripper.
Cette approche tranche avec la robotique industrielle classique, qui repose encore largement sur des séquences pré-programmées et des environnements ultra-contrôlés. Or les entrepôts, ateliers et chaînes logistiques ne sont jamais contrôlés : les colis arrivent dans des orientations variables, les emballages changent, les cas particuliers s’enchaînent. Sereact ambitionne d’être la couche d’intelligence universelle qui s’installe sur le matériel existant, plutôt que de remplacer les flottes en place.
BMW, Daimler Truck et PepsiCo dans le portefeuille
Le détail qui change tout dans cette série B, ce n’est pas le montant. C’est la liste des clients déjà en production. BMW Group et Daimler Truck font tourner les modèles Sereact sur leurs lignes d’assemblage, où chaque minute d’arrêt coûte des dizaines de milliers d’euros. PepsiCo a également signé. Côté logistique, les e-commerçants néerlandais Bol et Active Ants utilisent la technologie pour leur picking, ainsi que MS Direct.
Sereact se positionne en alternative software-first face aux Physical Intelligence, Skild AI et Covariant, qui misent sur des modèles end-to-end. Le logiciel est agnostique au matériel : il tourne sur des bras industriels, des manipulateurs mobiles et, de plus en plus, des plateformes humanoïdes.
Une trajectoire de levée qui s’accélère
L’entreprise a levé 5 millions de dollars en seed en 2023, 25 millions d’euros en série A en janvier 2025, et désormais 110 millions de dollars quinze mois plus tard. Soit une multiplication par plus de quatre du ticket. Les fonds serviront à muscler le modèle d’IA, à étendre les déploiements en logistique et industrie, et à attaquer le segment des humanoïdes commerciaux.
Selon Bret Taylor (Headline), l’enjeu est clair : Sereact peut se brancher sur la flotte mondiale de robots industriels déjà installée, sans qu’il soit nécessaire de remplacer le hardware. Le marché global des humanoïdes, valorisé à moins d’un milliard de dollars en 2023, devrait dépasser 38 milliards en 2030 selon les projections citées par TheNextWeb. Tesla prépare un ramp-up d’Optimus à partir de juillet 2026. Tous ces robots auront besoin d’un cerveau.
La thèse de Sereact se rapproche de celle qui a permis à Mobileye de prospérer dans la voiture autonome ou à Nvidia de pousser sa plateforme Isaac : la valeur la plus haute en robotique ne se trouve pas dans le métal, mais dans le logiciel qui le pilote.