La California Department of Motor Vehicles (DMV) a adopté de nouvelles règles autorisant les camions autonomes à circuler dans l’État, mettant fin à une interdiction qui pesait depuis des années sur les véhicules commerciaux de plus de 4,5 tonnes. Le texte impose en parallèle des exigences de sécurité renforcées pour l’ensemble des véhicules autonomes opérant dans l’État.
Jusqu’à cette semaine, la Californie interdisait formellement la circulation et même les essais de véhicules autonomes dépassant 10 001 livres (4 536 kg) de poids total roulant. Cette restriction reléguait les startups de poids lourds autonomes comme Plus AI, Aurora ou Kodiak Robotics à tester ailleurs, principalement au Texas et en Arizona, alors même que la Silicon Valley héberge la plupart de leurs équipes d’ingénierie.

Permis de tester, sous conditions
Les nouvelles règles ouvrent un parcours en plusieurs phases. Les constructeurs doivent d’abord effectuer 50 000 miles de tests pour les véhicules légers, et 500 000 miles pour les poids lourds, avec un conducteur de sécurité à bord. Ils doivent ensuite démontrer un dossier de sûreté structuré couvrant le matériel, le logiciel et les opérations avant de pouvoir passer à la conduite sans chauffeur, puis au déploiement commercial.
Les poids lourds autonomes restent soumis aux contrôles obligatoires aux stations de pesée de la California Highway Patrol et à l’ensemble des règles fédérales applicables aux véhicules commerciaux. Les startups ne pourront donc pas exploiter de différentiel réglementaire pour échapper aux contrôles de sécurité routière.
Réponse aux secours en 30 secondes
Le volet le plus innovant concerne l’interaction avec les services d’urgence. Les fabricants de véhicules autonomes devront garantir une liaison de communication bidirectionnelle avec les premiers répondants, avec un temps de réponse maximal de 30 secondes. Les autorités locales pourront également émettre des directives électroniques de geofencing pour exclure les véhicules autonomes d’une zone d’urgence en moins de deux minutes.
Cette réactivité, fruit de plusieurs incidents médiatisés à San Francisco où des robotaxis bloquaient des opérations de pompiers ou de police, devient une obligation chiffrée. Les forces de l’ordre pourront aussi désormais verbaliser directement les sociétés exploitant les véhicules pour des infractions au code de la route, là où la responsabilité légale était jusqu’ici floue.
Un signal politique majeur
Steve Gordon, directeur de la California DMV, justifie l’évolution comme un équilibre entre soutien à l’innovation et protection du public. La Chamber of Progress, lobby tech qui regroupe les acteurs du véhicule autonome, salue une avancée « attendue depuis longtemps ». L’organisation chiffre à 35 000 le nombre d’emplois américains que pourrait créer le secteur du camion autonome.
Ce coup d’accélérateur intervient alors que les concurrents Plus AI, Aurora, Kodiak ou Gatik multiplient déjà les routes commerciales sans chauffeur au Texas. Pour la Californie, ne plus pouvoir attirer ces tests revenait à perdre un avantage industriel sur sa propre filière historique. Le passage à un cadre permissif vise à corriger ce paradoxe.
Reporting et restrictions opérationnelles
Les obligations de reporting sont elles aussi durcies. Les constructeurs devront communiquer les défaillances système, les immobilisations véhicules, les freinages d’urgence et le kilométrage parcouru. La DMV se réserve le droit d’imposer des restrictions opérationnelles ciblées (taille de flotte, géographie, vitesse, conditions météo) si la sécurité publique l’exige.
Les véhicules de transport en commun autonomes jusqu’à 14 001 livres (6 350 kg) peuvent désormais être exploités par des entités publiques ou des universités, ouvrant la voie à des services de transit innovants sur les campus et dans certaines zones urbaines.
Source : The Robot Report