Chine et Asie

Un humanoïde déraille en pleine chorégraphie scolaire dans le Xinjiang et relance le débat sur la sécurité des robots en public

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

Les vidéos d’humanoïdes qui dansent ou courent un semi-marathon font le tour des réseaux. Celle qui circule depuis quelques jours sur Douyin montre l’autre versant du dossier. Lors d’une journée sportive dans une école de la région autonome du Xinjiang, en Chine, un robot humanoïde a perdu le contrôle au beau milieu d’une chorégraphie collective et s’est mis à enchaîner coups de poing et coups de pied dans le vide, à quelques centimètres des élèves présents.

La séquence dure une vingtaine de secondes. Le robot exécute d’abord ses pas synchronisés avec les enfants, puis trébuche au moment où le groupe rejoint la formation. Au lieu de s’arrêter, la machine bascule en mouvements martiaux saccadés, agite les bras et lance plusieurs coups de pied façon kung-fu. Les performeurs reculent. Un technicien finit par traverser le terrain pour saisir l’humanoïde et le mettre hors tension.

Pas de blessé, mais un signal d’alarme

Aucun blessé n’est rapporté par les médias chinois. Les organisateurs avancent une explication classique pour ce type de raté : le robot aurait été désorienté par la densité de la foule au moment de la transition, ses contrôleurs d’équilibre n’arrivant plus à compenser les sollicitations rapides. Le Carnegie Mellon Robotics Institute le rappelle régulièrement, les humanoïdes sont par nature instables et doivent ajuster leur posture en permanence pour rester debout.

L’épisode n’est pas isolé. En mars dernier, un robot humanoïde déployé lors d’une démonstration publique dans la province du Shaanxi a percuté un jeune garçon en sortant brusquement de sa trajectoire. Un autre incident, plus anecdotique, avait conduit la police à intervenir après qu’une humanoïde mobile ait effrayé une personne âgée dans la rue. Trois épisodes en moins de deux mois, tous en Chine, tous en environnement civil non contrôlé.

Le timing tombe mal pour Pékin

L’IEEE Robotics and Automation Society résume le problème : plus les robots se rapprochent des humains, plus les garanties de sécurité deviennent critiques. Une petite erreur de contrôle suffit à provoquer un contact non désiré. Et c’est exactement ce que vient de filmer un téléphone à Xinjiang.

Le moment est délicat pour les autorités chinoises, qui ont fait de la robotique un pilier de leur 15e plan quinquennal 2026-2030 et multiplient les démonstrations publiques pour valider la maturité de la filière. Le semi-marathon humanoïde de Pékin, où plus de 100 robots ont couru en avril, fait partie de cette stratégie d’image. Le faux pas du Xinjiang vient en parallèle rappeler que la commercialisation grand public reste prématurée.

Sécurité fonctionnelle, le chantier qu’aucun fabricant n’a fini

Concrètement, aucun cadre normatif clair n’encadre encore le déploiement d’humanoïdes face à des enfants ou à des spectateurs. Les normes ISO 10218 et 15066 couvrent les robots industriels et collaboratifs (cobots), pas les bipèdes capables de tomber sur le public. Les fabricants chinois Unitree, AGIBOT, UBTECH et leurs concurrents poussent leurs machines sur scène à un rythme commercial, mais les protocoles d’arrêt d’urgence et de détection de chute restent largement à standardiser.

En clair, la prochaine étape n’est pas une nouvelle démo virale ni un robot supplémentaire dans un atelier modèle. C’est un cadre de safety certification opérationnel, à mi-chemin entre les exigences de la robotique industrielle et celles des véhicules autonomes. Sans quoi chaque incident comme celui du Xinjiang offrira aux régulateurs une excellente raison de freiner les déploiements publics, en Chine comme ailleurs.