Serve Robotics sort enfin de la livraison de repas. Le spécialiste américain des robots de trottoir, coté au Nasdaq sous le ticker SERV, annonce ce mardi 2 juin un pilote commercial avec la startup NoScrubs, qui livrera du linge propre aux particuliers de Los Angeles via la flotte de robots autonomes de Serve. C’est la première fois que la société diversifie son carnet de commandes hors du segment restauration où elle a grandi.
500 robots déjà dans les rues de LA
Serve Robotics est l’ex-division robotique de Postmates, devenue indépendante en 2021 puis cotée en 2024. Sa flotte compte aujourd’hui environ 500 unités en service à Los Angeles, sur une cible de 2 000 robots annoncée fin 2025. Les robots circulent en autonomie de niveau 4 sur les trottoirs, encadrés à distance par des « robot wranglers » qui prennent la main en cas d’imprévu.
Le partenariat historique reste celui avec Uber Eats, mais l’addiction au repas chaud commence à coûter cher. Au premier trimestre 2026, Serve a publié une perte nette de 49 millions de dollars pour un chiffre d’affaires encore modeste, et son guidance annuel reste calé autour de 26 millions. La diversification devient une question de survie financière, et la lessive cochait plusieurs cases : trajets courts, créneaux de livraison souples, marchandise non périssable.
NoScrubs, le pli sur abonnement
NoScrubs est une startup angeline qui propose un service de pli et lavage sur abonnement, avec ramassage et retour à domicile. Jusqu’ici, ces tournées se faisaient en véhicule thermique. Le pilote lancé cette semaine permet aux clients de quartiers triés sur le volet de recevoir leur sac de linge propre par robot Serve directement à leur porte.
Pour Serve, l’intérêt est triple. Le linge tient bien dans le compartiment du robot, contrairement à une pizza qui pose des contraintes thermiques. Les volumes par tournée sont prévisibles, ce qui simplifie le routage. Et les marges unitaires d’un sac de linge dépassent celles d’un burger Uber Eats, ce qui rééquilibre l’économie unitaire de chaque kilomètre parcouru.
Vers une plateforme physique AI universelle
Cette annonce s’inscrit dans une stratégie plus large amorcée en janvier 2026 avec le rachat de Diligent Robotics, le fabricant du robot hospitalier Moxi. Le PDG Ali Kashani avait alors évoqué une ambition explicite : transformer Serve d’un livreur de repas en plateforme physique AI capable de couvrir le trottoir, l’intérieur des bâtiments et le dernier kilomètre logistique. La lessive est donc un test grandeur réelle de cette thèse.
En clair, Serve essaie de devenir l’Uber des robots de service : une couche logicielle commune, une flotte mutualisée, et plusieurs verticaux commerciaux qui partagent les mêmes unités. Ce modèle reste à valider, mais il s’oppose frontalement à l’approche de Starship Technologies (campus universitaires) ou de Coco Robotics (livraison de nuit), qui se concentrent sur un seul use case.
Le pari du multi-vertical sous pression boursière
La diversification de Serve arrive au moment où l’action SERV est sous pression. Plusieurs analystes pointent un taux d’utilisation de la flotte inférieur à 50 % et un cash burn opérationnel de 41 millions de dollars sur le seul T1. Multiplier les verticaux peut soit augmenter ce taux d’utilisation par mutualisation, soit fragmenter encore davantage les coûts d’intégration. La réponse viendra des chiffres du T3.
Pour les villes américaines, l’arrivée du linge sur les trottoirs pose aussi une question d’usage public. Los Angeles a déjà accordé une licence à Serve, mais la multiplication des usages commerciaux sur l’espace public va relancer le débat sur les frais d’occupation et la priorité piétonne. San Francisco avait imposé un moratoire en 2017, levé partiellement depuis.
Source principale : Serve Robotics Press Room, 2 juin 2026. Voir aussi le Los Angeles Times sur la flotte de 500 robots déployés.