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Foundation Robotics veut envoyer son humanoïde Phantom au combat et vise 40 000 unités par an d’ici fin 2027

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

Dans un atelier industriel d’un quartier tech de San Francisco, le robot Phantom manipule des cubes colorés pour enfants. Loin de l’image du soldat humanoïde menaçant. Pourtant, c’est bien pour le champ de bataille que la jeune start-up Foundation Robotics conçoit cette machine noire et brillante au visage absent.

Le seul humanoïde américain pensé pour la défense

Pendant que la plupart des entreprises développent des humanoïdes autonomes pour les usines, les foyers ou la compagnie, Foundation affirme être la seule société américaine à en concevoir spécifiquement pour un large éventail d’applications de défense. Cela inclut des rôles de soutien comme le ravitaillement, la reconnaissance, la récupération de matériel ou de blessés, et l’inspection de zones dangereuses. Mais aussi, plus controversé, le combat pour engager et neutraliser des menaces, ce que son cofondateur et patron Sankaet Pathak appelle la « militarisation en première ligne ».

Armer des robots permettrait de tenir les soldats humains à l’écart du danger, plaide-t-il. Ils pourraient entrer dans des bâtiments et les fouiller, là où les points de passage sont mortels. Et réduire les dommages collatéraux : l’autonomie terrestre peut être plus précise que des frappes aériennes autonomes.

Un premier modèle encore loin du terrain

La réalité est plus modeste. Le modèle de première génération, le Phantom MK-1, n’a pas de batterie, n’est ni étanche ni protégé de la poussière, et ne peut pas se relever après une chute. Une deuxième génération est en construction dans une zone interdite d’accès du site. Le Phantom MK-2 résistera aux éléments, disposera d’une grande batterie offrant environ six heures d’autonomie, et pourra se relever après une chute. De meilleures mains, avec des poignets capables d’aider à tirer une arme, sont aussi prévues.

L’objectif de Foundation : produire au moins 40 000 unités par an d’ici fin 2027, avec un coût à terme inférieur à 20 000 dollars l’unité. La société dispose de 24 millions de dollars de contrats de recherche pour tester sa technologie avec l’armée américaine, et deux unités sont actuellement évaluées par l’armée ukrainienne. Le pilote américain se limite à la manipulation d’armes, pas au tir, tandis que la militarisation fait partie des tests en Ukraine.

Deux modèles d’IA pour naviguer dans le réel

Phantom est piloté par un système baptisé Cortex, qui combine deux types de modèles. Un « modèle de raisonnement », entraîné sur des exemples spécifiques à chaque tâche, interprète l’objectif et formule un plan d’action. Un « modèle du monde » plus large, nourri de vidéos issues d’internet et des données récoltées pendant que le robot interagit avec son environnement, prédit comment celui-ci va réagir. Le robot s’oriente grâce à des caméras logées dans son casque, offrant une vision à 360 degrés.

Tous les experts ne sont pas convaincus par la forme humanoïde. Dean Fankhauser, du cabinet de conseil Robozaps, rappelle que les quadrupèdes franchissent les terrains plus vite et plus efficacement. Les humanoïdes commerciaux actuels peinent à gérer l’emballage en entrepôt, et plus encore à ouvrir une porte. « S’il y avait une guerre à Taïwan aujourd’hui, l’idée que la Chine militarise ces humanoïdes et combatte efficacement relève du fantasme », tranche-t-il.

Robert Griffin, qui travaille sur les humanoïdes au Florida Institute for Human and Machine Cognition, voit un intérêt pour réduire le risque pour les soldats, mais souligne que les environnements imprévisibles restent un obstacle majeur. L’autonomie, elle, ne sait pas encore gérer l’incertitude ouverte. L’enjeu éthique pèse lourd aussi. Pour Nicole van Rooijen, directrice de la coalition Stop Killer Robots, les armes autonomes létales abaissent le seuil de déclenchement d’une guerre, déshumanisent le conflit et brouillent les responsabilités. La forme humaine la rend « encore plus inquiétante » : des machines qui semblent familières risquent de faire mal évaluer le danger.