La France remet une pièce dans la machine robotique. À l’occasion du salon Eurosatory, le ministère de l’Industrie et le secrétariat général pour l’investissement ont annoncé 31 nouveaux lauréats de l’appel à projets « Offre de robots et machines intelligentes d’excellence », dans le cadre de France 2030. Au total, 135 millions d’euros d’investissements productifs, soutenus par 68 millions d’aides publiques.
Une filière souveraine, civile et militaire
Le dispositif, lancé en juillet 2023, vise trois domaines jugés stratégiques : la robotique industrielle, les drones et la fabrication additive, ainsi que les briques technologiques matérielles et logicielles associées. Les 31 projets sont portés par 60 entreprises et laboratoires de recherche.
L’annonce à Eurosatory, grand rendez-vous de la défense, n’a rien d’anodin. L’État assume la dimension duale de ces technologies, utiles aussi bien à l’industrie civile (logistique, énergie, agriculture) qu’aux besoins des forces armées et de la sécurité intérieure. L’objectif affiché : une base industrielle plus résiliente, capable de servir la réindustrialisation comme les capacités opérationnelles de la défense.
Des projets très concrets
Derrière les chiffres, des applications tangibles. Cook-E développe un robot intelligent pour la restauration commerciale et collective. Oscar Agriculture travaille sur un robot d’irrigation autonome économe en énergie. Cyclair déploie un écosystème de désherbage robotisé pour les grandes cultures.
Côté drones, Hylight planche sur un appareil longue distance dédié à l’inspection des lignes électriques et des pipelines, tandis qu’Aerix Systems développe un système de propulsion omnidirectionnelle. Percipio Robotics, de son côté, mise sur la micro-robotique d’assemblage pour la photonique. Une diversité qui couvre l’agriculture, l’inspection industrielle, le BTP et l’aérien.
Un effort public qui s’inscrit dans la durée
Cette nouvelle salve s’ajoute à un effort déjà conséquent. Depuis son lancement, la stratégie robotique de France 2030 a mobilisé plus de 250 millions d’euros d’aides publiques et soutenu plus de 100 projets structurants. Parmi eux, deux programmes de recherche, 15 projets « Défi transfert » pour accélérer le passage du labo à l’usine, et l’accompagnement de dizaines d’organisations.
Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, a justifié l’investissement par un impératif de souveraineté. Selon lui, la France doit maîtriser les robots, les drones et les technologies qui feront la puissance industrielle de demain, sans dépendre des autres pour des capacités aussi stratégiques.
Rester dans la course face à la Chine
L’enjeu dépasse les frontières françaises. Alors que la Chine produit des humanoïdes à la chaîne et concentre l’essentiel de la fabrication mondiale, l’Europe cherche à éviter une dépendance technologique. Les startups du continent, présentes en force à VivaTech cette semaine, peinent encore à rivaliser avec les volumes asiatiques. Le soutien public français vise précisément à donner aux acteurs nationaux les moyens de tenir, dans une filière où le passage à l’échelle reste le nerf de la guerre.