Industrie

LG envoie son robot domestique CLOi D travailler à l’usine avant de viser le salon

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

LG Electronics a décidé d’envoyer son robot humanoïde domestique CLOi D à l’usine avant de le faire entrer dans les salons. Une stratégie à contre-courant qui révèle le vrai goulot d’étranglement de la robotique humanoïde : non pas le matériel, mais les données d’interaction physique.

Le détour par l’usine est en réalité la destination

Selon des sources industrielles, LG étudie un déploiement de CLOi D dans ses propres sites de production sud-coréens dès la fin de l’année. Le robot commencera par des tâches logistiques simples, comme le déplacement de matériaux, plutôt que de l’assemblage complexe. L’objectif n’est pas de masquer un échec sur le marché grand public. C’est le cœur même de la méthode que LG compte employer pour fabriquer, un jour, un robot de maison qui fonctionne.

La raison tient à une différence fondamentale entre les humanoïdes et l’IA que tout le monde connaît. Un modèle comme ChatGPT apprend à partir de textes et d’images déjà présents sur internet. Un humanoïde, lui, ne peut pas : la connaissance dont il a besoin, savoir avec quelle force saisir une serviette, comment une porte pivote, comment un carton se déplace quand on le soulève, n’existe que sous forme d’expérience physique. Le robot doit exécuter chaque mouvement et enregistrer ce qui se passe, encore et encore, pour bâtir le modèle de fondation qui lui permettra de lire une scène et d’agir seul.

Une « usine à données » sur quatre étages

Pour produire ces données, LG construit l’infrastructure adéquate. Depuis le mois dernier, le groupe transforme son campus de R&D de Yangjae, à Séoul, soit quatre étages et environ 33 000 mètres carrés, en « usine à données robotiques ». On y recrée à la fois un vrai logement équipé d’électroménager et une ligne de production en activité, sous un même toit. À partir du mois prochain, 100 unités de CLOi D y seront déployées, avec une montée à plusieurs centaines dans l’année. Le PDG Ryu Jae-cheol, qui fait du projet une priorité absolue, s’y rendrait chaque semaine.

L’environnement répétitif et standardisé d’un site industriel se prête bien à l’affinage des algorithmes de contrôle et des données de capteurs. La ligne de production n’est pas qu’une vitrine de démonstration : elle devient une stratégie centrale de collecte de données, le tout sans les complications de sécurité et de vie privée que poserait le salon d’un inconnu.

L’actionneur, le composant le plus cher du robot

Le déploiement sert aussi à tester les actionneurs, ces modules d’articulation compacts qui regroupent un moteur, un réducteur et l’électronique de commande pour jouer le rôle de muscles. C’est le composant le plus critique et le plus coûteux d’un humanoïde, généralement 40 à 60 % de son prix de revient. LG prévoit d’achever cette année un système de production de masse pour sa marque d’actionneurs maison, AXIUM. Elle équipera d’abord CLOi, avant d’approvisionner d’autres fabricants mondiaux à partir de 2027 et de s’étendre aux usages industriels à fort couple d’ici 2030.

La stratégie s’appuie sur l’activité moteurs pour électroménager de LG, qui produit déjà quelque 45 millions de moteurs par an. De quoi sécuriser une compétitivité de coûts et une chaîne d’approvisionnement stable, la partie difficile de l’entrée dans le matériel humanoïde, déjà résolue à grande échelle.

Une démonstration au CES et la pile « One LG »

Cette poussée prolonge les débuts de CLOi D au CES 2026, où il pliait des serviettes en temps réel. Certains ont trouvé les gestes lents, mais LG a souligné que, contrairement à des robots rivaux qui tournaient sur vidéo préenregistrée ou en téléopération, CLOi D agissait de façon autonome. L’effort mobilise aussi toute la chaîne « One LG » : LG Innotek fournit les modules de perception caméra-lidar-radar, également livrés à Boston Dynamics et Figure AI, LG Energy Solution développe des batteries taillées pour les robots, et le modèle ExaONE de LG AI Research sert de « cerveau » cognitif. NVIDIA est aussi de la partie, CLOi D s’exécutant sur sa plateforme de calcul robotique et s’entraînant dans ses outils de simulation.

LG vise un robot domestique commercial pour 2028, même si les observateurs tablent plutôt sur une arrivée réelle dans les foyers autour de 2030. La séquence, elle, est claire : l’usine est l’école où CLOi D apprend avant de rentrer à la maison.