Phantom Mk1 : le premier humanoïde de combat déployé en Ukraine ouvre l’ère des robots militaires

Schema technique du robot humanoide de combat Phantom Mk1

Le mot « robot » est né en 1920 dans une pièce de théâtre tchèque. Cent six ans plus tard, les robots font leurs débuts sur le champ de bataille. Deux humanoïdes de la start-up américaine Foundation ont été déployés sur le front ukrainien, dans un lieu non divulgué, et évalués par l’armée américaine. Une première mondiale en zone de combat actif.

Schema technique du robot humanoide de combat Phantom Mk1
Illustration RoboActu

Un contrat de 24 millions de dollars avec le Pentagone

Foundation, fondée en 2024, a signé un contrat de 24 millions de dollars avec le Pentagone en avril et prévoit de livrer des dizaines de milliers d’unités au cours des prochaines années. Il a fallu environ treize mois à l’entreprise, depuis sa création, pour faire tester ses machines par les militaires américains.

« Vous avez besoin de robots capables d’agir dans des environnements très cinétiques, un robot qui encaisse les chutes, porte une charge lourde, résiste à l’eau et à la poussière », explique Sankaet Pathak, cofondateur et patron de Foundation. Le dirigeant rappelle une vérité ancienne : les conflits accélèrent l’innovation. Le radar, le moteur à réaction, les satellites, internet et les drones sont tous des enfants de la guerre.

Le Phantom Mk1 en chiffres

La machine mesure environ 1,80 mètre, pèse 80 kilos et peut porter une charge utile de 40 kilos. Son allure rappelle un droïde de combat de Star Wars, avec une tête penchée vers l’avant, un visage sans traits et une silhouette utilitaire. Son talon d’Achille reste l’autonomie : moins d’une heure aujourd’hui. La prochaine itération, le Mk2, devrait tenir six heures selon Pathak. Un saut décisif, car l’énergie est « l’épine dorsale » de tout robot autonome sans câble d’alimentation.

Foundation insiste : ses robots ne se limiteront pas au militaire et conviennent à tout usage industriel lourd, comme la construction. « Les problèmes matériels à résoudre pour le chantier et pour l’armée sont en réalité assez complémentaires », avance le dirigeant, citant la mobilité, l’endurance, la capacité de charge et la dextérité.

Les réserves des experts

Tous ne partagent pas cet enthousiasme. « Ce n’est pas très mature, ni établi. Il faudra peut-être une décennie », tempère Arshad Javed, professeur de génie mécanique à BITS Pilani. Il pointe trois obstacles non résolus : les systèmes d’énergie, l’équilibre dynamique et la cybersécurité.

Jacob Parakilas, chercheur chez RAND Europe, rappelle que « les roues et les chenilles sont mécaniquement plus simples que les jambes », ce qui leur donne une résistance naturelle aux dégâts et réduit leur exposition au feu ennemi. Pour lui, un robot comme le Phantom devra prouver sa valeur en termes absolus, car la guerre en Ukraine montre que la capacité à produire en quantité, à entretenir près du front et à améliorer vite un matériel est cruciale.

Notre analyse

Le déploiement du Phantom Mk1 marque moins une rupture technologique qu’un signal politique. Le matériel reste fragile, l’autonomie dérisoire et l’utilité au combat encore à démontrer face à de simples drones ou véhicules chenillés, bien plus rustiques. Mais en plaçant ses machines sur un front réel et en décrochant un contrat fédéral, Foundation s’achète une légitimité que ses concurrents n’ont pas. Le pari est limpide : se positionner tôt sur un marché de défense où les budgets explosent, quitte à essuyer les plâtres. Reste une question dérangeante que la démonstration esquive : confier des décisions létales à des humanoïdes encore immatures soulève des enjeux éthiques et juridiques que personne, pour l’instant, ne semble pressé de trancher.

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