Un journaliste de Business Insider a passé plusieurs heures avec les robots humanoïdes de Realbotix, une société de Las Vegas qui vend des machines à visage en silicone à partir de 125 000 dollars. Son verdict, publié cette semaine, tranche avec le discours habituel sur les compagnons artificiels : la conversation reste artificielle, mais l’humour, lui, surprend.
Des visages travaillés pendant des mois
Realbotix, fondée par Matt McMullen, conçoit des humanoïdes destinés à interagir avec le public dans les salons professionnels, les musées, les hôpitaux, les écoles, les hôtels ou l’accueil client. Chaque visage démarre sous forme de modèle numérique, avant d’être imprimé en 3D, sculpté dans l’argile, moulé puis coulé en silicone. Certains demandent des mois de préparation.

Les modèles haut de gamme embarquent 43 moteurs rien que dans le visage et le cou, pour produire une palette d’expressions. S’y ajoutent le suivi facial, une IA conversationnelle et une base motorisée qui permet au robot de se tourner vers son interlocuteur. Une version buste d’entrée de gamme démarre autour de 20 000 dollars, tandis qu’un modèle grandeur nature comme Aria dépasse les 125 000 dollars.
Le décalage entre l’apparence et la conversation
Face à Aria, l’illusion s’est vite fissurée. La voix ne sortait pas de la bouche du robot mais d’un iPad posé à côté, et surtout, les temps de réponse duraient parfois plusieurs secondes. Là où deux humains laissent environ 200 millisecondes entre chaque prise de parole, ces silences rappelaient en permanence qu’un logiciel se trouvait derrière le visage. Realbotix a précisé ensuite que le modèle utilisé appartenait à une génération précédente, ses versions les plus avancées ayant déjà été vendues.
Le point faible le plus net concernait la lecture des émotions. Le journaliste a délibérément affiché un air triste avant de demander au robot ce qu’il percevait. Réponse : un visage « complètement neutre ». Aria savait parler d’émotions et prodiguer des conseils, mais restait incapable de reconnaître un état affectif dans l’instant.
Quand la machine fait rire
La surprise est venue de l’humour. Interrogée sur la façon de gérer une mère qui demande sans cesse quand on lui rendra visite, Aria a conseillé de fixer une date précise et de l’envoyer aussitôt par message, car « bientôt » signifie « jamais » en langage humain. Le robot masculin de la marque, David, a livré des répliques du même acabit sur les conseils de vie. Aria a même improvisé un rap comparant robots compagnons et robots industriels, et pouvait changer de langue sur commande.
Le constat final du test tient en une nuance. Les humanoïdes conversationnels d’aujourd’hui peinent encore à justifier leur prix comme simples interfaces de dialogue. Mais pour l’accueil, l’événementiel ou les expériences ouvertes au public, une présence physique peut séduire là où un assistant vocal sur écran laisse indifférent. Realbotix, qui se décrit comme une entreprise en phase précoce, continue d’investir en recherche et développement pour combler l’écart.
