Travis Kalanick est de retour avec une ambition beaucoup plus large qu’Uber. Huit ans après avoir quitté dans la tourmente la plateforme de VTC qu’il avait fondée, le serial entrepreneur américain vient de lever 1,7 milliard de dollars pour Atoms, sa startup d’IA physique industrielle. L’investissement est mené par a16z, avec Ben Horowitz qui rejoint le conseil d’administration.
Miner, construire, transporter : les secteurs dans le viseur
Atoms n’est pas une startup de robots humanoïdes au sens classique du terme. La société se positionne sur ce que Kalanick appelle l' »IA industrielle » : l’utilisation combinée de logiciels, capteurs, robots et intelligence artificielle pour automatiser des opérations à grande échelle dans des secteurs qui fabriquent, déplacent et stockent des matières physiques. Les mines, la construction, le transport lourd et la production alimentaire sont les premiers marchés visés.
Le tour de table est imposant. Au-delà d’a16z, on retrouve parmi les actionnaires Bain Capital, Fifth Wall, A*, K5 Global, Abstract Ventures et SV Angel. Fait notable : Uber, la société que Kalanick a co-fondée avant d’en être évincé en 2017, fait partie des investisseurs. En dette, c’est le gotha de la finance américaine qui s’aligne : Bank of America, Goldman Sachs, Wells Fargo, JPMorgan et Barclays.
La même logique qu’Uber, appliquée au monde physique
Atoms est en réalité la consolidation de plusieurs entreprises que Kalanick avait fondées depuis son départ d’Uber. Son véhicule City Storage Systems, notamment connu pour CloudKitchens (cuisines fantômes pour la livraison de repas), est intégré dans cette nouvelle structure unique. L’entrepreneur assume la continuité avec son travail passé : « C’est la continuation de ce que j’ai commencé chez Uber, utiliser le logiciel pour organiser des parties du monde physique. »
La logique est effectivement cohérente. Uber a utilisé la technologie pour coordonner des flottes de véhicules à l’échelle mondiale. Atoms veut faire la même chose, mais avec des machines autonomes dans des environnements industriels. Résultat attendu : moins de personnel d’exécution, des opérations 24h/24, des coûts réduits et une sécurité améliorée dans des secteurs souvent dangereux.
Le « physical AI » devient une catégorie d’investissement à part entière
Cette levée s’inscrit dans une tendance plus large. Le terme « physical AI », popularisé par NVIDIA et les grands acteurs de la robotique, est en train de devenir une catégorie d’investissement distincte de l’IA logicielle pure. La différence ? L’IA physique agit sur le monde réel via des corps mécaniques, des capteurs et des actionneurs, là où l’IA traditionnelle traite du texte, des images ou des données.
Avec 1,7 milliard de dollars en poche et un fondateur de premier plan, Atoms rejoint une liste restreinte de sociétés capables d’aborder les marchés industriels à grande échelle. La question ouverte : Kalanick saura-t-il cette fois construire un empire durable, sans les turbulences de gouvernance qui ont éclipsé son passage à Uber ?
