Huit ans de présence au capital, une sortie en deux étapes, et une nouvelle cible déjà dans le viseur. SoftBank a bouclé en juillet 2026 la vente de ses dernières 9,65 % dans Boston Dynamics à Hyundai Motor Group pour environ 325 millions de dollars. Le groupe japonais regardait désormais ailleurs : vers Gravis Robotics, une startup suisse spécialisée dans les engins de chantier autonomes.
Un départ calculé de Boston Dynamics
La cession n’est pas une surprise. SoftBank avait progressivement réduit sa participation depuis la vente majoritaire à Hyundai en 2021, quand l’automaker coréen avait déboursé 880 millions de dollars pour prendre le contrôle. En juillet, la tranche finale a changé de mains pour 325 millions de dollars. Boston Dynamics appartient maintenant entièrement à Hyundai, qui vient de se rebaptiser « Physical AI company » et vise 30 000 robots Atlas par an aux États-Unis d’ici 2028.
Pour SoftBank, ce n’est pas un abandon de la robotique. Les analystes y voient plutôt une rotation de portefeuille : sortir d’un actif très concurrentiel pour entrer sur un segment moins saturé, celui des machines lourdes autonomes.
Gravis Robotics : des pelleteuses sans chauffeur
Gravis Robotics AG a été fondée en 2022 comme spin-off de l’ETH Zurich par Ryan Luke Johns, Dominic Jud, Marco Tranzatto et Burak Cizmeci, sous la supervision du laboratoire du professeur Marco Hutter. La startup développe une plateforme logicielle et matérielle qui transforme des excavatrices et autres engins de chantier en machines capables de fonctionner avec un minimum d’intervention humaine.
La cible commerciale est large : construction, mines, agriculture. Concrètement, un opérateur supervise plusieurs machines depuis une salle de contrôle au lieu de conduire chacune sur le terrain. Le gain de productivité est significatif, notamment dans des environnements dangereux comme les mines à ciel ouvert.
Selon Bloomberg, SoftBank serait en discussions pour une acquisition pouvant dépasser les 500 millions de dollars. La transaction pourrait se structurer en plusieurs étapes, combinant des rachats de parts existantes et des apports de capital frais. Aucune décision finale n’a été annoncée.
La holding Roze comme véhicule
SoftBank prévoit de loger Gravis dans sa nouvelle holding dédiée à la robotique et à l’IA, baptisée Roze. Ce véhicule est censé regrouper les participations du groupe dans l’automatisation physique, en évitant la dispersion qui avait caractérisé la stratégie du Vision Fund.
La valorisation de 500 millions a suscité des questions. Certains observateurs estiment que SoftBank paierait vingt fois la mise initiale des premiers investisseurs. Mais le groupe de Masayoshi Son a l’habitude de payer une prime sur des actifs technologiques qui n’ont pas encore prouvé leur rentabilité à grande échelle.
Un marché moins saturé que les humanoïdes
Le secteur des engins de chantier autonomes est en plein développement. Plusieurs startups américaines comme Built Robotics ou Teleo s’attaquent déjà à ce créneau, mais la concurrence reste bien moins féroce que dans les robots humanoïdes où Figure AI, Agility, Boston Dynamics, Unitree et une vingtaine d’autres s’affrontent sur les mêmes clients industriels.
Avec le soutien financier de SoftBank et l’accès à ses réseaux industriels au Japon et en Asie du Sud-Est, Gravis pourrait accélérer son déploiement bien au-delà de ce que ses financements actuels permettraient. Le pari : que les chantiers intelligents représentent un marché aussi transformateur que les robots humanoïdes, mais avec moins de concurrents directs.

