Foundation Phantom : le robot humanoïde militaire américain qui divise l’industrie et les experts en droits humains

Robot humanoïde Phantom de Foundation Future Industries

Il y a des startups qui font des robots pour les entrepôts. Foundation Future Industries, elle, fait des robots pour la guerre. Fondée en 2024 à San Francisco, la société est la seule en Occident à revendiquer ouvertement la construction de robots humanoïdes à usage militaire. Son produit s’appelle Phantom. Et il commence à faire parler de lui.

Robot humanoïde Phantom de Foundation Future Industries
Illustration RoboActu

Phantom : un humanoïde conçu pour les conditions extrêmes

Phantom est un robot humanoïde d’environ 1,80 m, entièrement noir, capable de porter près de 40 kg de charge. Il perçoit son environnement grâce à un système de caméras offrant un champ visuel à 360 degrés, alimenté par une IA embarquée. Le robot peut fonctionner de façon autonome ou être téléopéré à distance par un humain.

Une deuxième génération, le Phantom MK-2, est en développement avec des puces AMD à bord. Sa présentation publique est prévue d’ici la fin de l’année.

Côté utilisation civile, les chiffres sont déjà significatifs : selon Reuters, des Phantom ont participé à la production de plus de 24 000 voitures l’an dernier. Des tests sont en cours dans des environnements logistiques à Atlanta (Géorgie) et à Singapour. Foundation n’a pas dévoilé les noms de ses clients commerciaux.

24 millions de dollars de contrats militaires

Sur le plan défense, Foundation aurait décroché environ 24 millions de dollars de contrats avec la quasi-totalité des branches de l’armée américaine. Les missions actuelles portent sur la logistique (transport de matériel) et la reconnaissance (cartographier l’intérieur d’un bâtiment avant d’y envoyer des soldats).

La société est par ailleurs en discussion avec le Département de la Sécurité intérieure (DHS) pour déployer ses robots à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Le co-fondateur Sankaet Pathak n’écarte pas d’armer le Phantom si l’armée le demande : « Si le militaire nous dit demain qu’il a besoin de ces humanoïdes avec des armes, cela pointe presque certainement vers une plus grande précision. Et nous voudrions faire cela plutôt que de refuser », a-t-il déclaré au journal The Independent.

Eric Trump au capital, le Vatican et l’ONU contre

Foundation a attiré des investisseurs influents. Le fils du président américain, Eric Trump, est actionnaire et conseiller de la startup. La société aurait sollicité jusqu’à 500 millions de dollars de nouveaux fonds à une valorisation d’environ 3 milliards de dollars. Sa valorisation actuelle serait déjà supérieure au milliard.

Mais le projet suscite une opposition de grande ampleur. L’ONU, par la voix de son Secrétaire général António Guterres, appelle à une loi internationale interdisant les « robots tueurs ». Le Vatican demande une régulation stricte. Et des dizaines d’entreprises robotiques majeures ont signé en 2022 une lettre ouverte s’engageant à ne jamais « militariser » leurs robots.

Verity Coyle, de Human Rights Watch, avertit que l’approche « move fast and break things » appliquée à des systèmes d’armes autonomes risque d’avoir des « effets catastrophiques ». Des armes autonomes pilotées par une IA imparfaite pourraient viser des mauvaises cibles, sans la chaîne de responsabilité que l’on impose aux soldats humains.

Une course aux armements que personne ne peut arrêter seul

Foundation justifie son positionnement par la compétition géopolitique : la Chine et la Russie développent déjà des humanoïdes et des chiens robots armés. Selon Sankaet Pathak, rester sur la touche ne protège personne. L’Occident doit se doter de capacités équivalentes ou prendre du retard dans la prochaine génération de conflits.

Joe Costa, ex-haut responsable du Pentagone, pointe un risque différent : un monde avec des robots soldats pourrait rendre les guerres moins politiquement coûteuses, donc plus faciles à déclencher. « Vous n’avez plus besoin d’envoyer un humain au combat. Cela signifie que vous pourriez potentiellement envoyer des robots envahir un pays ou une ville avec moins de coût politique. »

Phantom reste pour l’instant un outil logistique et de reconnaissance. Mais ses concepteurs sont prêts à aller plus loin. La ligne rouge entre l’humanoïde d’usine et le soldat robot n’a jamais été aussi mince.

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