Des robots humanoïdes qui pratiquent le kung fu devant des centaines de millions de téléspectateurs lors du Gala du Printemps chinois. Les mêmes machines, quelques jours plus tard, qui se produisent à l’ONU de New York pendant les festivités du Nouvel An lunaire. La Chine ne vend plus seulement des robots : elle les exporte comme image de marque.
Le Gala du Printemps comme vitrine technologique mondiale
Pour la deuxième année consécutive, les robots humanoïdes ont tenu une place de choix au Gala du Printemps chinois, l’émission la plus regardée au monde. Unitree Robotics, basée à Hangzhou, a notamment envoyé des formations entières de robots exécuter des mouvements d’arts martiaux complexes : poing de l’ivrogne, Thomas Flair. Des performances qui ont immédiatement circulé sur les réseaux sociaux occidentaux.
Les vidéos ont traversé les frontières. Selon China Daily, elles ont « balayé les réseaux sociaux occidentaux ». Le chancelier allemand Friedrich Merz s’est lui-même rendu chez Unitree le mois dernier pour observer les robots en action.
De Shanghai aux Nations Unies
Le spectacle ne s’est pas arrêté en Chine. Lors des célébrations du Nouvel An chinois à l’ONU de New York, un danseur de lion robotique, un panda-robot et trois humanoïdes se sont produits devant des diplomates du monde entier. Yuri Gala Lopez, représentante permanente adjointe de Cuba, a confié à China Daily être « très impressionnée par cette démonstration technologique ».
Dima Al-Khatib, directrice du Bureau des Nations Unies pour la coopération Sud-Sud, a indiqué vouloir explorer comment cette technologie pourrait être transférée aux pays du Sud global. Au Canada, les festivités ont aussi intégré des performances robotiques et des expériences de réalité augmentée autour du patrimoine culturel chinois.
« Le Printemps est traditionnel, mais je crois que la technologie fait désormais partie de la culture chinoise », résume Blur Wu, fondateur de la Toronto Spring Festival Fireworks Celebration.
Derrière les scènes, une industrie qui accumule les commandes
Ce n’est pas que de la mise en scène. Selon Unitree, les algorithmes de coordination de formations développés pour le gala peuvent directement être adaptés à la planification en temps réel dans un entrepôt. La capacité à percevoir et compenser des perturbations externes, démontrée pendant les performances avec bâton, est cruciale pour la sécurité en usine.
Les centres d’entraînement pour robots se multiplient dans les provinces chinoises. Dans le Shandong, le centre de formation Leju de Jinan propose 11 catégories de scénarios d’application, du transport en usine aux soins à domicile. Li Dezheng, directeur de Xingjie Innovation Robotics à Binzhou, voit ses commandes exploser depuis 2024 : 70% d’entreprises, 20% de collectivités, 10% d’établissements d’enseignement et de recherche.
Guo Jishun, directeur général de Gelanruo à Wuhan, prédit que les trois premiers secteurs à accueillir des humanoïdes en masse seront la fabrication intelligente, la logistique intelligente et la compagnie émotionnelle. Pas les scènes de gala.
80 % de la production mondiale
Les chiffres confirment la domination. Selon le cabinet Counterpoint Research, environ 16 000 robots humanoïdes ont été installés dans le monde en 2025. La Chine représente plus de 80 % de ce total. Et en 2025, plus de 300 modèles différents de robots humanoïdes sont sortis des usines chinoises, selon le ministère de l’Industrie.
La prochaine étape n’est plus le spectacle. C’est la facture.