Chine et Asie

La Chine contrôle un robot humanoïde depuis l’espace : une première mondiale par GuoXing Aerospace et Shanghai Jiao Tong

Par La Rédaction ⏱ 3 min de lecture

Un opérateur parle à un robot humanoïde. Le signal part vers un satellite en orbite, un grand modèle de langage traite la commande dans l’espace, puis la décision redescend sur Terre pour commander le robot. C’est ce qu’ont réussi GuoXing Aerospace Technology et l’Université Shanghai Jiao Tong lors d’une expérience inédite annoncée ce 18 mars 2026.

L’intelligence artificielle en orbite

Le principe est simple à expliquer, mais extraordinairement complexe à réaliser. L’opérateur émet une commande vocale. Un agent IA open-source encode cette instruction et la transmet aux satellites de GuoXing en orbite basse. À bord, un grand modèle de langage (LLM) basé sur Qwen3 d’Alibaba effectue toute l’inférence directement dans l’espace. La décision est ensuite retransmise vers la Terre pour piloter le robot humanoïde.

C’est ce que les ingénieurs appellent un « système en boucle fermée » : la totalité du traitement IA, de la commande à l’action, passe par l’orbite. Selon les chercheurs, cette expérience est la première à valider le déploiement de services d’inférence IA dans l’espace pour contrôler des agents physiques au sol.

Pourquoi passer par le spatial ?

La réponse est pragmatique. Les réseaux terrestres peuvent être saturés, endommagés ou brouillés. Dans des zones de conflit, des régions reculées ou en cas de catastrophe naturelle, les infrastructures de télécom au sol tombent en panne. Le calcul spatial offre une alternative : une couverture mondiale, difficile à neutraliser, capable de faire tourner des modèles IA puissants sans dépendre d’un data center au sol.

Les applications visées vont au-delà du seul robot humanoïde : robots quadrupèdes, véhicules autonomes, drones. Dès lors que l’appareil a besoin d’une IA embarquée mais que la connectivité terrestre fait défaut, le satellite peut prendre le relais.

Un réseau de 2 800 satellites d’ici 2035

GuoXing Aerospace Technology, basée à Chengdu dans la province du Sichuan, n’en est pas à ses débuts. En janvier 2026, la société avait déjà téléchargé le modèle Qwen3 sur son centre de calcul spatial, lui permettant d’effectuer des raisonnements complets en orbite. En mai 2025, elle avait lancé une première constellation de 12 satellites dédiés au calcul.

Le plan industriel est massif : 2 800 satellites spécialisés d’ici 2035, dont 2 400 satellites d’inférence et 400 dédiés à l’entraînement. Le tout déployé entre 500 et 1 000 km d’altitude. Un réseau de 1 000 satellites est attendu d’ici 2030, avec les deuxième et troisième clusters prévus pour cette année.

Une course à la supériorité computationnelle

Cet essai s’inscrit dans une tendance lourde de la stratégie technologique chinoise : ne pas se limiter à l’IA sur Terre. Si les États-Unis et l’Europe concentrent leurs investissements sur les data centers, la Chine parie sur une infrastructure hybride sol-espace. La robotique humanoïde pourrait n’être que la démonstration de principe d’une ambition bien plus large : faire de l’orbite basse un réseau mondial de calcul IA décentralisé.