Les robots actuels pourraient accomplir 74 % des tâches physiques recensées aux États-Unis dans au moins un environnement adapté, mais ils ne seraient moins coûteux que le travail humain que pour 0,3 % des tâches. Cette différence est au cœur d’un nouvel indice publié par Anthropic.
L’étude distingue ce qu’une machine sait techniquement faire de ce qu’une entreprise a réellement intérêt à automatiser. Les auteurs, Russell Legate-Yang et Maxim Massenkoff, ont analysé environ 19 000 tâches décrites dans la base professionnelle américaine O*NET. Claude a servi à classer les tâches et à rechercher des démonstrations ou des déploiements robotiques documentés.
Trois niveaux d’exposition aux robots
Le classement mesure le degré de contrôle nécessaire autour de la machine. Au premier niveau, un robot n’exécute la tâche que dans un environnement conçu pour lui, comme une ligne d’assemblage. Au deuxième, il travaille dans un lieu humain structuré, par exemple un entrepôt. Au troisième, il agit dans un espace ouvert et variable, comme une route.
Un quart environ des tâches physiques reste hors de portée. La moitié peut être réalisée uniquement dans un cadre spécialement aménagé. Environ 22 % est accessible dans un environnement humain structuré et seulement 2 % dans un milieu non contrôlé. En tenant compte du temps de travail, les tâches physiques exposées représentent 34 % de l’ensemble des heures travaillées.
Les métiers de la conduite arrivent en tête. Les véhicules autonomes savent déjà circuler dans des espaces plus variables que la majorité des robots industriels. Les tâches de manutention et de préparation en entrepôt sont également très exposées. À l’inverse, les soins infirmiers, la réparation générale ou les activités qui demandent de la dextérité fine restent difficiles à automatiser.
La capacité technique ne suffit pas
Le résultat le plus prudent concerne les coûts. Selon les estimations de l’étude, les robots sont compétitifs pour seulement 0,3 % des tâches professionnelles. Même si leurs prix continuaient à baisser au rythme historique, il faudrait environ quarante ans pour atteindre 10 % des tâches.
Cette projection repose sur des hypothèses et non sur un calendrier certain. Elle rappelle néanmoins que l’achat du robot n’est qu’une partie de l’équation. L’intégration du poste, la supervision humaine, les réparations, les exceptions et les règles de sécurité peuvent ralentir un déploiement pourtant possible en laboratoire.
Anthropic observe aussi que les emplois plus exposés aux robots au cours des cinquante dernières années ont connu des baisses plus fortes de salaires et d’effectifs. Les auteurs présentent cette relation historique comme une validation partielle de leur indice, sans en faire une prévision automatique pour chaque métier.
Une méthode utile, avec des limites
L’évaluation s’appuie en partie sur Claude pour décrire les tâches, estimer le temps consacré à chacune et retrouver des preuves de capacités robotiques. Les auteurs publient leurs critères et leurs références, mais les résultats restent sensibles aux jugements sur la fiabilité d’une démonstration et sur la similarité entre une tâche réelle et son équivalent robotisé.
L’étude fournit surtout un cadre pour éviter deux confusions fréquentes. Une démonstration ne signifie pas qu’un métier entier est automatisable. Et une machine capable d’exécuter une tâche ne garantit pas que son exploitation soit rentable. Pour les fabricants comme pour les entreprises utilisatrices, l’écart entre 74 % de faisabilité et 0,3 % de compétitivité résume le principal obstacle au passage à l’échelle.
