Mark Cuban ne croit pas aux robots humanoïdes. Selon lui, la vague actuelle d’humanoïdes va s’effondrer dans cinq à dix ans. Sa thèse : plutôt que de faire des robots qui ressemblent à des humains, il faudra redesigner les espaces pour qu’ils accueillent des robots qui ont la forme optimale pour leur tâche.
« Cinq ans, peut-être dix, et ils vont échouer lamentablement »
C’est sur l’émission live TBPN, diffusée le 20 mars, que l’entrepreneur milliardaire a exprimé sa conviction. « Tout le monde se rue sur les robots humanoïdes. Je pense qu’ils auront une durée de vie de cinq ans, et qu’ensuite ils vont échouer lamentablement. Peut-être dix ans », a-t-il déclaré.
Son argument est simple. La forme humanoïde n’est pas imposée par la nature ou l’efficacité, elle est imposée par le fait que les espaces ont été conçus pour les humains. Si on repart de zéro, rien n’oblige un robot à avoir deux bras et deux jambes pour faire la lessive ou ranger le réfrigérateur.
Des maisons redessinées pour des robots en forme de fourmis
Cuban imagine plutôt un futur où les espaces et les robots sont co-conçus. Dans cette vision, les robots pourraient ressembler à des araignées ou à des fourmis : légers, capables de soulever et de transporter des objets. Pendant ce temps, les maisons seraient redessinées pour cacher les zones fonctionnelles comme le garde-manger, le réfrigérateur ou le lave-linge, accessibles principalement par les robots. Les espaces de vie resteraient pour les humains.
« Tu designs la maison pour le robot, et le robot pour la maison », résume-t-il. Il cite Amazon comme preuve que cette approche fonctionne déjà à grande échelle : le géant du e-commerce a déployé plus d’un million de robots dans ses entrepôts pour trier, soulever et transporter des colis. Aucun d’eux ne ressemble à un être humain.
L’industrie parie pourtant sur les humanoïdes
La thèse de Cuban s’oppose frontalement à ce que font Tesla, OpenAI, Figure AI, Agility Robotics et des dizaines de start-up chinoises et américaines. Ces entreprises investissent des milliards dans des robots qui marchent sur deux jambes et utilisent deux mains, précisément parce que le monde actuel, les usines, les entrepôts, les maisons, a été construit autour de la morphologie humaine.
Un dirigeant d’Agility Robotics, dont les robots Digit sont déjà déployés chez Amazon et Toyota, a répondu indirectement à cette logique : « Le re-shoring industriel aux États-Unis ne se fera qu’à travers une combinaison de main-d’oeuvre humaine et d’automatisation, robots compris. » Autrement dit, si on veut ramener des usines en Amérique pour des emplois que les humains refusent, les humanoïdes sont la solution la plus rapide à déployer dans des espaces existants.
Un débat qui structure l’avenir de la robotique
La question que pose Cuban n’est pas anodine. Elle touche au fond du problème de la robotique de service : est-il plus efficace d’adapter les robots au monde humain, ou d’adapter les espaces aux robots ? Les deux approches coexisteront sans doute. Les humanoïdes s’imposent là où les infrastructures ne peuvent pas changer, les usines vieillissantes, les bâtiments existants. Les espaces co-conçus, eux, émergeront dans les constructions neuves, les entrepôts de la prochaine génération, voire les maisons modulaires.
En attendant, Elon Musk, Sam Altman et Jensen Huang continuent de parier sur les humanoïdes. Mark Cuban, lui, attend de voir si dans dix ans ces robots font vraiment votre lessive ou si vos murs ont été réorganisés pour qu’un robot-araignée s’en charge à leur place.
