Chine et Asie

Jensen Huang (Nvidia) : « La Chine est redoutable en robotique » — les États-Unis dépendent de sa supply chain

Par La Rédaction ⏱ 3 min de lecture

Le PDG de Nvidia a lâché une déclaration qui fait réfléchir. Lors d’un podcast enregistré cette semaine au GTC de San Jose, Jensen Huang a reconnu sans détour que la Chine est « redoutable » dans la course à la robotique. L’enregistrement a été rendu public ce vendredi.

« Je pense que la Chine est redoutable », a-t-il déclaré quand on lui a demandé sa vision de la montée en puissance du pays dans ce secteur. « La raison, c’est que leurs microélectroniques, leurs moteurs, leurs terres rares et leurs aimants — qui sont les fondements de la robotique — sont les meilleurs au monde. »

Les États-Unis ont inventé, la Chine a industrialisé

Pour Huang, le paradoxe est net. Les États-Unis ont « largement inventé » l’industrie de la robotique, mais le pays s’est « épuisé » avant que la technologie décisive n’arrive. Cette technologie, c’est « le cerveau » — autrement dit, l’IA. Une fois l’IA au niveau, les fondations matérielles chinoises sont devenues déterminantes.

Concrètement, l’industrie robotique américaine dépend profondément de l’écosystème chinois pour ses composants : motoréducteurs de précision, aimants permanents à base de terres rares (néodyme, dysprosium), électronique de puissance. Des approvisionnements qui ne se délocalisent pas facilement, même avec la pression géopolitique actuelle.

Nvidia mise clairement sur ce que l’industrie appelle l' »intelligence physique » ou « physical AI » : l’intégration de l’IA dans des systèmes physiques capables d’agir dans le monde réel. Le GTC 2026 a été largement consacré à ce virage, avec des annonces autour d’Isaac Lab (entraînement en simulation de robots) et de Cosmos (simulation physique).

Unitree en bourse, le signal du marché

Le même jour que les déclarations de Huang, une autre nouvelle est venue confirmer l’accélération chinoise. Unitree Robotics, le fabricant de robots quadrupèdes et humanoïdes le plus médiatisé de Chine, a déposé son dossier d’introduction en bourse sur le Star Market de Shanghai. L’opération vise à lever 4,2 milliards de yuans, soit environ 609 millions de dollars.

Les résultats d’Unitree pour 2025 expliquent cet appétit des investisseurs : les revenus ont bondi et les ventes de robots humanoïdes ont dépassé celles des robots chiens, une première. La valorisation de l’entreprise devrait dépasser plusieurs milliards de dollars à son entrée en bourse.

Un constat qui dérange

Les propos de Jensen Huang sont politiquement sensibles dans le contexte des tensions commerciales entre Washington et Pékin. Mais ils reflètent une réalité industrielle que beaucoup de dirigeants américains préfèrent ne pas nommer : sans la supply chain chinoise, construire un robot compétitif reste une tâche bien plus difficile et bien plus coûteuse.

Nvidia, de son côté, cherche à reconquérir le marché chinois après les restrictions à l’exportation de ses puces haut de gamme. Le pari sur le physical AI est aussi un pari diplomatique : positionner Nvidia comme un fournisseur indispensable des deux côtés, en vendant des outils de simulation et d’entraînement qui ne tombent pas directement sous les restrictions actuelles.

Le message de Huang est clair : dans la course aux robots intelligents, les États-Unis ont l’IA, la Chine a les composants. Les deux camps ont besoin l’un de l’autre, qu’ils le veuillent ou non.

Source : South China Morning Post, 22 mars 2026