La start-up suédoise 120ft sort de la discrétion avec 576 000 euros apportés par 22 investisseurs. Son projet consiste à installer des micro-usines robotisées dans trois conteneurs de 40 pieds pour produire localement de petites séries.
Fondée à Stockholm en 2025 par Martin Willers, 120ft vise d’abord les marques d’électronique et de biens de consommation qui commandent aujourd’hui de gros volumes plusieurs mois avant de connaître la demande. La jeune pousse propose de facturer chaque produit fini, sans vendre les robots ni remplacer les fournisseurs de composants de ses clients.
Trois conteneurs pour une chaîne complète
Le premier conteneur reçoit et prépare les pièces. Le deuxième accueille l’assemblage robotisé. Le troisième contrôle, emballe et prépare les produits pour l’expédition. L’ensemble donne son nom à l’entreprise et doit pouvoir être reproduit près des marchés servis.
Le site officiel précise que les premiers pilotes concernent des objets rigides de moins de 5 kg, assemblés par vissage ou emboîtement. Les câbles, les matériaux souples et le collage sont renvoyés à des phases ultérieures. Cette limite donne une idée assez concrète du niveau d’automatisation visé au démarrage.
Le client transmet sa nomenclature, ses plans et ses critères qualité. Le logiciel de 120ft convertit ces données en recette de production et teste d’abord le processus en simulation. Il coordonne ensuite robots, outils et contrôles, tout en conservant l’historique de fabrication de chaque unité.
De sept semaines à sept heures pour enseigner une tâche
Selon l’entreprise, l’apprentissage d’une séquence complète d’assemblage demandait sept semaines en 2025. Ce délai serait tombé à sept heures en 2026, avec un objectif de sept minutes en 2027. 120ft dit avoir déjà démontré son système sur une lampe, avec l’assemblage d’un verrou cylindrique, le montage de la douille et un test fonctionnel.
Le tour de table réunit notamment Ted Persson, codirecteur du fonds Scaleup Europe d’EQT, Sophia Bendz de Cherry Ventures, Matthias Dantone et Sam Baker de Planet A. Les 576 000 euros doivent financer le passage vers une production commerciale ainsi que le développement du logiciel et de l’infrastructure.
Une promesse industrielle encore à valider
Le modèle cherche à rendre viable une production de 100 unités ou plus, là où une usine classique privilégie souvent les grandes séries. Pour les petites marques, l’enjeu est de réduire les stocks, le capital immobilisé et la dépendance à une chaîne d’assemblage lointaine.
La difficulté ne se limite toutefois pas au bras robotique. Il faut standardiser les outils, gérer les variations de pièces, contrôler la qualité et récupérer après une erreur. 120ft reconnaît ce point en présentant son logiciel d’orchestration et sa bibliothèque de compétences comme le cœur du système.
Le financement annoncé reste modeste pour construire un réseau industriel. Il doit surtout permettre de prouver qu’une cellule partagée entre plusieurs clients peut maintenir une cadence et une qualité stables malgré des produits différents.
Notre analyse
120ft ne promet pas une usine universelle immédiatement autonome. Son approche commence par un périmètre étroit, des pièces rigides et des procédés simples, puis cherche à réutiliser les apprentissages. Le test décisif sera commercial : produire de petites séries à un coût compétitif tout en changeant rapidement de référence. Si cette équation tient, les conteneurs pourraient devenir une nouvelle forme de sous-traitance locale robotisée.
