Quand viendra le « moment ChatGPT » des robots humanoïdes ? La question a animé une séance du Forum de Boao pour l’Asie le 25 mars 2026, à Hainan, en Chine. La réponse des experts chinois oscille entre deux ans et dix ans, révélant des divergences profondes sur la maturité réelle de la technologie.
De deux ans à dix ans : un écart révélateur
Wang Xiaogang, président de Daxiao Robotics et cofondateur de SenseTime, l’une des premières entreprises chinoises d’IA spécialisée en reconnaissance d’image, a été le plus optimiste. Selon lui, le déclencheur sera une montée en puissance massive des données, combinée à l’utilisation de « world models » et de simulations. Deux ans suffiraient pour atteindre un point de bascule.
Face à lui, Shao Hao, expert en chef du laboratoire robotique du fabricant de smartphones Vivo, s’est montré beaucoup plus prudent. Son estimation : une décennie. La difficulté, selon lui, réside dans l’obtention de données massives, diversifiées et peu coûteuses pour entraîner des robots humanoïdes à des tâches du monde réel. La quantité de données d’entraînement nécessaire reste un goulot d’étranglement majeur.
Les défis techniques restent entiers
Shen Dou, vice-président exécutif de Baidu, a pointé les limites physiques actuelles. La stabilité, la durabilité et la dextérité des robots ne sont pas encore au niveau requis pour une adoption de masse. Les démonstrations en environnement contrôlé, aussi impressionnantes soient-elles, ne reflètent pas les contraintes d’un déploiement commercial réel : poussière, variations de lumière, objets imprévus, interactions humaines complexes.
Les panélistes ont également souligné que le progrès ne suivra pas un modèle en « big bang » comme l’a été ChatGPT pour le langage. Les robots humanoïdes progresseront de façon sectorielle, industrie par industrie. Les premières vraies percées commerciales seront probablement dans la logistique et l’assemblage industriel, pas dans les foyers.
La Chine accélère malgré tout
Ce débat se déroule dans un contexte d’accélération sans précédent en Chine. Lors des « Deux Sessions » de mars 2026, le gouvernement chinois a classé l’intelligence incarnée (« embodied AI ») parmi les industries d’avenir prioritaires du 15e Plan quinquennal 2026-2030, aux côtés de la technologie quantique, des interfaces cerveau-machine et de la 6G.
Sur la scène du Forum, un robot humanoïde du Beijing Humanoid Robot Innovation Centre a même participé au débat, posant une question à l’ex-Première ministre néo-zélandaise Jenny Shipley. Une mise en scène symbolique, mais qui illustre le changement de statut des robots en Chine : ils ne sont plus de simples curiosités technologiques, ils sont des acteurs de la conversation publique.
Résultat : qu’on prévoie deux ans ou dix ans, le consensus à Boao est clair. La question n’est plus de savoir si les robots humanoïdes vont s’imposer, mais à quelle vitesse et dans quels secteurs en premier. Et la Chine entend peser lourd dans cette réponse.