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Rodney Brooks, cofondateur de Roomba : les robots humanoïdes de Musk relèvent de la pensée magique

Par La Rédaction ⏱ 3 min de lecture

Le cofondateur d’iRobot, vétéran du MIT avec 30 ans d’expérience en robotique, démonte point par point la promesse des robots humanoïdes polyvalents. Sa cible principale : Tesla Optimus et Figure AI.

Le toucher, angle mort des humanoïdes

Rodney Brooks ne mâche pas ses mots. Dans un billet de blog publié fin février, le cofondateur de Roomba qualifie la vision d’Elon Musk pour ses robots Optimus de « pensée magique pure ». Le roboticien, qui a passé trois décennies à concevoir des machines au MIT, pointe un problème fondamental : la dextérité.

La main humaine contient 17 000 mécanorécepteurs rien que pour les touchers légers. Ces capteurs deviennent plus denses à mesure qu’on approche des extrémités des doigts, et répondent à des stimulations variées en coordination avec 15 familles de neurones. Reproduire cette complexité dans un robot reste un défi colossal.

Robot humanoïde tentant de manipuler un objet avec ses mains mécaniques
Illustration : la dextérité manuelle reste le talon d’Achille des humanoïdes actuels

L’IA sait lire et voir, mais pas toucher

Brooks reconnaît les avancées spectaculaires de l’intelligence artificielle pour la reconnaissance vocale et le traitement d’images. Mais pour le toucher, c’est le vide. « Nous n’avons pas cette tradition de données tactiles », explique-t-il. Entraîner un robot avec des vidéos d’humains effectuant des tâches, comme le font Tesla et Figure AI, ne suffira pas à combler ce fossé.

Son conseil aux investisseurs ? Redistribuer les cartes. « Si les grandes entreprises tech et les VCs consacraient seulement 20% de leurs budgets actuels, mais les donnaient intégralement à des chercheurs universitaires, ils progresseraient plus vite vers leurs objectifs. »

Des milliards engloutis pour rien ?

Les chiffres donnent le vertige. Figure AI a atteint une valorisation de 39 milliards de dollars en septembre 2025 après une levée d’un milliard. Musk promet des Optimus en vente au public d’ici fin 2027. Pourtant, selon Brooks, ces investissements massifs ne produiront que des machines rapidement obsolètes.

Sa prédiction pour 2040 : les robots « humanoïdes » qui fonctionneront réellement ne ressembleront pas du tout à des humains. Ils auront des roues, plusieurs bras, peut-être des mains à cinq doigts. On les appellera encore « humanoïdes » par commodité, mais la ressemblance s’arrêtera là.

Notre analyse

Brooks a-t-il raison ? Sa critique est techniquement solide. Le problème de la dextérité est réel et sous-estimé par le marketing des startups robotiques. Mais son propre parcours affaiblit légèrement son propos : iRobot, qu’il a cofondé, a fait faillite en décembre 2025 et va être racheté par son fabricant chinois.

La vérité se situe probablement entre les deux. Les humanoïdes actuels sont loin de la polyvalence promise, mais les progrès en IA embarquée accélèrent. Le vrai test viendra des déploiements industriels concrets, comme ceux de Figure AI chez BMW. Si ces robots ne tiennent pas leurs promesses en usine dans les 18 prochains mois, Brooks aura eu le dernier mot.