Industrie

À Hanovre, le chancelier Merz mise sur Agile ONE pour rattraper la Chine sur l’IA physique

Par La Rédaction ⏱ 3 min de lecture

Le chancelier allemand Friedrich Merz a choisi son premier déplacement au Hanover Messe pour envoyer un signal clair : l’Allemagne veut son humanoïde industriel, et il sera « made in Germany ». Le chef du gouvernement s’est arrêté longuement au stand d’Agile Robots, startup munichoise fondée par le chercheur chinois Zhaopeng Chen, où trône Agile ONE, un humanoïde pensé pour l’atelier, pas pour la scène.

Aux côtés de la ministre de l’Économie Katherina Reiche et du ministre-président de Basse-Saxe Olaf Lies, Merz a visiblement été marqué par la démonstration. Dans son discours d’ouverture, il a plaidé pour que l’IA soit « intégrée dans les secteurs clés de notre industrie, et en particulier dans les PME », colonne vertébrale de l’économie allemande. Message assumé : face aux États-Unis et à la Chine, l’Europe doit miser sur l’IA appliquée à ce qu’elle sait déjà faire, la production industrielle.

Agile ONE, un humanoïde pensé pour l’usine, pas pour la vitrine

Le positionnement revendiqué par Rory Sexton, CEO d’Agile Robots, est assumé : pas de kung-fu, pas de danse, pas de sprint. « Nous sommes concentrés sur des tâches à valeur ajoutée pour l’industrie, comme le câblage électronique dans l’automobile ou l’assemblage de smartphones », précise-t-il dans une interview à l’AFP. Dès l’année prochaine, la startup prévoit d’équiper des usines allemandes, en visant en priorité le secteur automobile, toujours stratégique pour l’économie du pays.

Agile ONE est présenté comme un robot qui « comprend son environnement, prend des décisions de manière autonome et opère en temps réel » sur des scénarios industriels complexes. Sur le papier, cela le rapproche plus des approches de Physical Intelligence avec π07 que des humanoïdes chinois orientés démonstration publique. Et cela tombe bien : selon une étude Bitkom présentée à Hanovre, 58 % des industriels allemands interrogés estiment que les humanoïdes pourraient combler leurs pénuries de main-d’œuvre qualifiée.

La carte de la donnée industrielle

L’argument différenciant de l’Allemagne, c’est la donnée d’usine. Antonio Krueger, patron du DFKI, le centre de recherche allemand en IA, l’a dit clairement à l’AFP : « Nous disposons d’un niveau de qualité de données industrielles largement supérieur à celui des États-Unis ou de la Chine. » Des décennies d’automatisation chez les équipementiers et les constructeurs ont produit un gisement que les humanoïdes asiatiques peinent à reproduire.

Reste que le rattrapage n’est pas gagné. Unitree, que Merz a vu en démonstration lors de sa visite en Chine en février, était également présente en force à Hanovre. Et dans l’atelier de Siemens à Erlangen, c’est un HMND-01 déjà en test qui fait les premiers pas. Jochen Heinz, dirigeant de SW Machines, résume la prudence allemande : « Avec l’IA, je vois aussi le côté obscur de la force », en référence aux erreurs que peuvent commettre ces systèmes quand ils donnent de fausses instructions de réparation.

Ce qu’il faut retenir

L’Allemagne fait officiellement entrer l’humanoïde industriel dans sa stratégie économique nationale. Agile Robots, startup munichoise adossée à une ingénierie solide, devient la vitrine politique d’une Europe qui veut s’imposer sur la « physical AI » en capitalisant sur ses usines. Le pari : les données accumulées depuis trente ans dans les chaînes de production allemandes valent plus que les vidéos virales de robots qui sprintent à 10 m/s. Les prochaines commandes automobiles diront si ce pari tient la route.

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