Intelligence Artificielle

Sony dévoile Ace, le robot qui bat les joueurs de ping-pong professionnels dans la revue Nature

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

Sony a dévoilé mercredi 22 avril dans la revue Nature les performances de Ace, son bras robotique qui bat des joueurs professionnels de tennis de table. C’est, selon le constructeur japonais, la première fois qu’un robot atteint le niveau expert humain dans un sport physique compétitif courant.

L’équipe de Sony AI, dirigée par le chercheur Peter Dürr et le président Michael Spranger, a construit une salle de ping-pong aux dimensions olympiques au siège de Tokyo. Elle y a opposé Ace à des joueurs professionnels et de haut niveau, sous l’arbitrage d’officiels agréés par la Fédération internationale de tennis de table. Le robot ne gagne pas à chaque fois, mais il rivalise et s’impose parfois face à des athlètes qui s’entraînent plus de 20 heures par semaine.

Ace robot Sony bras articule jouant tennis de table
Illustration RoboActu

Neuf caméras et huit degrés de liberté

Ace s’articule autour d’un bras robotique à huit articulations, doté d’une raquette standard. Autour de la table, neuf caméras forment un système de vision multi-point qui suit la balle en temps réel. Le système est même capable de lire le logo imprimé sur la balle pour mesurer son effet, une information critique dans un sport où la rotation dicte la trajectoire du rebond.

« Il n’y a aucun moyen de programmer un robot à la main pour jouer au tennis de table. Il faut apprendre par l’expérience », explique Peter Dürr dans les colonnes de l’Associated Press. Sony a entraîné Ace par apprentissage par renforcement, une méthode où l’agent améliore sa stratégie à force d’essais et d’erreurs. Résultat : un robot qui ne se contente pas de renvoyer la balle, mais qui construit des points, varie ses coups et s’adapte au style adverse.

Fair-play imposé dans la conception

Sony a volontairement bridé les capacités physiques d’Ace pour rester dans les limites humaines. « Il est très facile de construire un robot ping-pong surhumain, il suffit d’une machine qui aspire la balle et la renvoie plus vite qu’un humain », détaille Michael Spranger. « Ce n’est pas le but. Le but est d’avoir un niveau de comparabilité, d’équité avec l’humain, et de gagner vraiment au niveau de l’IA, de la prise de décision, de la tactique, et dans une certaine mesure de la technique. »

Le choix de la raquette standard, de la table réglementaire et d’une vitesse de bras comparable à celle d’un athlète entraîné place Ace dans un rôle de partenaire de jeu crédible, pas de tricheur électromécanique. C’est aussi la condition pour que la démonstration scientifique tienne la route.

Une percée pour l’IA physique

L’intérêt dépasse largement le cadre du sport. Jusqu’ici, les robots industriels excellent dans des environnements contrôlés avec des trajectoires répétitives. Le ping-pong, lui, impose des décisions en quelques dizaines de millisecondes, dans un monde totalement imprévisible. Maîtriser cette vitesse et cette adaptabilité ouvre la voie à des robots capables d’évoluer dans des environnements changeants, pour la fabrication, la logistique, la santé.

Michael Spranger souligne le potentiel industriel : « Avec cette technologie, nous montrons qu’il est possible d’entraîner des robots à être très adaptatifs, compétitifs et rapides dans des environnements incertains qui changent constamment. » Il évoque aussi, sans détour, des usages militaires potentiels d’une plateforme aussi perceptive et rapide.

Ace s’inscrit dans une vague plus large d’annonces où les machines rattrapent, voire dépassent les humains sur des tâches physiques. Dimanche dernier, un robot humanoïde Honor a bouclé le semi-marathon de Pékin en 50 minutes 26, mieux que le record du monde humain. Sony démontre que le défi n’est plus seulement celui de la vitesse, mais celui de la décision rapide face à un adversaire qui pense, lui aussi.

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