Chine et Asie

À Pékin, le Robot Mall vend des humanoïdes aux consommateurs : le pari grand public de la Chine

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

Dans le quartier technologique de Pékin, un magasin peu ordinaire a ouvert ses portes l’an dernier : le Robot Mall. Sur son showroom, des robots humanoïdes jouent au foot, font des paniers, dansent et s’affrontent à la boxe. Ce n’est pas une attraction temporaire : c’est l’un des premiers commerces en Chine à vendre des robots de dernière génération directement aux consommateurs.

Le café à 73 500 dollars et le robot réceptionniste

Parmi les modèles exposés, le Xbox Coffee Robot attire l’attention. Prix affiché : 359 000 yuans, environ 73 500 dollars. La machine brasse et sert le café, puis reproduit en latte art le visage du client. Difficile de décider si c’est du luxe, de la performance ou de l’absurde.

À côté, une robot habillée d’un tailleur bleu poudre, conçue par la société UBTech, se présente comme réceptionniste IA ou compagne émotionnelle pour les personnes âgées. Tarif : 500 000 yuans. Lors de la visite de notre correspondante, les bras étaient en panne. Ce genre de détail résume bien l’état du marché.

Plus accessible, un chien robot rouge répond à son nom, s’assoit, danse et serre la patte sur commande. Les enfants présents dans le magasin ne semblaient pas du tout déçus.

Derrière la vitrine : une stratégie industrielle massive

Le Robot Mall n’est pas qu’un showroom. Il est l’incarnation publique d’une politique d’État. Le dernier plan quinquennal économique chinois, validé par le parlement cette semaine, mentionne l’IA plus de 50 fois. Objectif affiché : intégrer l’intelligence technologique dans 70 % des secteurs clés (industrie, santé) d’ici 2027.

Pour financer cette ambition, Pékin a lancé un fonds de 1 000 milliards de yuans sur 20 ans, destiné à soutenir les startups high-tech. Le secteur de la robotique est en première ligne.

Les chiffres industriels donnent la mesure de l’avance chinoise : la Chine compte déjà 2 millions de robots dans ses usines, et en installe chaque année plus que le reste du monde réuni, selon la Fédération internationale de la robotique. Le constructeur automobile Aion va plus loin avec son « intelligent dark factory » : une usine capable de fonctionner dans l’obscurité totale, sans humains, et d’assembler une voiture en 60 secondes.

Le risque du surinvestissement

Des voix s’élèvent toutefois pour tempérer l’enthousiasme. Le marché chinois de la robotique humanoïde compte déjà plus de 150 startups. Les experts redoutent de voir apparaître la même surproduction structurelle que dans les véhicules électriques : des entreprises maintenues à flot par les subventions publiques, sans marché réel à servir.

En novembre dernier, le principal organe économique du gouvernement avait lui-même mis en garde contre un possible bulle dans le secteur.

Concrètement, les humanoïdes grand public ne rendent pas encore des services fiables dans les foyers. Faire la lessive ou laver la vaisselle en autonomie : la technique n’y est pas encore. Lizzi C. Lee, chercheuse sur l’économie chinoise à l’Asia Society Policy Institute, résume : « De nombreuses entreprises parient que ces machines joueront un rôle dans la logistique, le soin aux personnes âgées, la fabrication. Mais les délais et les modèles économiques restent très spéculatifs. »

Notre analyse

La Chine est en train de construire à la fois l’offre et la demande. Le Robot Mall ne vend pas seulement des robots : il normalise l’idée que les robots font partie du quotidien. C’est un travail de culture de marché autant que d’industrie.

Le risque de bulle est réel. Mais quand un pays installe plus de robots industriels que le reste du monde combiné, dans le cadre d’un plan national décennal, la question n’est plus de savoir si ça va arriver. C’est de savoir si le reste du monde va répondre à temps.