Le canadien Appetronix, qui exploite déjà des cuisines robotisées en partenariat avec la chaîne de pizzas Donatos, vient de racheter son compatriote Cibotica. La cible apporte sa technologie modulaire de portionnage et d’assemblage de bols et salades. Annoncée le 28 avril 2026, l’opération étend le terrain de chasse d’Appetronix aux cuisines existantes.
Le montant de la transaction n’a pas été dévoilé. Les deux entreprises sont basées au Canada et évoluent depuis plusieurs années dans le même cercle restreint des startups de la robotique alimentaire. Pour Nipun Sharma, CEO d’Appetronix, l’acquisition est avant tout pragmatique : Cibotica a passé des années à régler le problème du portionnage automatisé d’ingrédients, autant ne pas le refaire en interne.
Cibotica apporte des modules pour cuisines existantes
Cibotica développe Remy, une ligne d’assemblage automatisée capable de préparer salades et bols à partir d’un large catalogue d’ingrédients. La machine fonctionne en modules indépendants qui s’intègrent dans des cuisines déjà en exploitation, ce qui évite aux opérateurs de tout démolir pour passer à l’automatisation.
« Avec Cibotica, ils ont créé un équipement vraiment modulaire qui s’installe dans des restaurants existants », a expliqué Nipun Sharma au site The Robot Report. « Il automatise un gros pourcentage des tâches actuellement réalisées en cuisine. Ils ont déjà fait le travail. Nous avons l’infrastructure qui peut bénéficier de leur technologie, parce que nos machines peuvent utiliser ce qu’ils ont développé. Et maintenant, on peut proposer le service à tout le monde. »
Appetronix élargit son modèle, mais ne renie pas l’autonome intégral
Jusqu’ici, Appetronix avait fait un choix radical : ne pas automatiser de cuisines existantes, mais en construire de nouvelles, entièrement autonomes, sous forme de modules clés en main. La société exploite déjà une cuisine 100 % autonome avec Donatos à l’aéroport John Glenn de Columbus dans l’Ohio, et une seconde doit ouvrir ce printemps.
« Beaucoup d’entreprises automatisent les cuisines existantes, ce qui est très bien. Mais elles ne gagnaient pas vraiment en vitesse, ne réduisaient pas vraiment les coûts, ni n’éliminaient le travail humain », pointe Sharma. « Elles rendaient les choses légèrement plus pratiques, mais ça ne bougeait pas l’aiguille sur l’économie globale. »
L’acquisition de Cibotica change cette doctrine sans la renier. Appetronix va proposer aux clients une approche duale : d’un côté, automatiser leurs cuisines actuelles avec les modules Cibotica pour répondre au besoin immédiat, de l’autre, leur livrer ensuite des cuisines entièrement autonomes pour la croissance future. Le restaurateur gagne du temps tout de suite et prépare la transition sur le long terme.
Pression sur le secteur de la restauration
L’argument économique d’Appetronix est connu mais structurant. Le secteur de la restauration nord-américain souffre d’un manque chronique de main-d’œuvre, de la hausse des coûts du travail, et de l’inflation sur les ingrédients amplifiée par les nouveaux droits de douane. Selon Sharma, une cuisine Appetronix nécessite environ trois à quatre heures par jour d’intervention humaine pour le réapprovisionnement et la maintenance, contre une équipe complète dans une cuisine traditionnelle.
L’IA joue son rôle dans la gestion opérationnelle. Les cuisines anticipent les pics de fréquentation à partir de l’historique du site et déclenchent les commandes de réassort en conséquence. Le restaurateur n’a plus à dimensionner ses stocks à la louche, ce qui réduit le gaspillage et les ruptures.
Une stratégie d’acquisitions pour accélérer
Appetronix ne compte pas s’arrêter à Cibotica. Sharma a indiqué que l’entreprise discute avec d’autres acteurs, à la fois côté hardware et côté logiciel, sur les sujets du contrôle de température, du contrôle de portion et de l’infrastructure data pour l’IA. La société envisage même d’utiliser des lasers pour découper certains aliments, opération impraticable dans une cuisine avec des employés mais réalisable en environnement entièrement autonome.
« Notre philosophie, c’est qu’on ne vend pas des robots, on vend de la nourriture. Et on vend la meilleure nourriture possible », a précisé Sharma. La société vise une expansion vers les parcs d’attractions, les aéroports, les stations-service, les supermarchés et les espaces de restauration en entreprise.
Le segment de la robotique alimentaire reste un marché difficile : Zume, Chowbotics, Café X et plusieurs autres y ont laissé des plumes ces dernières années. Mais la combinaison cuisines autonomes en propre, plus modules pour cuisines existantes, donne à Appetronix deux sources de revenus distinctes là où ses concurrents devaient miser sur une seule. C’est précisément ce que cherchent à éviter les opérateurs de chaînes de restauration : être enfermés dans une technologie qui ne fonctionne que sur un format de site.