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Bank of America prédit 3 milliards de robots humanoïdes d’ici 2060 : plus que de voitures

Par La Rédaction ⏱ 5 min de lecture

En 2060, plus de foyers dans le monde posséderont un robot humanoïde qu’une voiture. C’est la projection centrale d’une étude publiée ce vendredi par Bank of America Global Research. Derrière ce chiffre vertigineux, une logique économique que BofA juge inévitable : le monde manque de travailleurs, et la situation ne va pas s’améliorer.

3 milliards de robots, 2 milliards dans les foyers

Les analystes Lynelle Huskey et Vanessa Cook projettent un parc mondial de 3 milliards de robots humanoïdes d’ici 2060, contre 1,5 milliard de voitures en circulation aujourd’hui. Parmi ces robots futurs, 62 % seraient déployés dans les foyers, soit environ 2 milliards d’unités à usage domestique. Pour une catégorie de produits qui n’existe pratiquement pas encore sur le marché grand public, c’est une affirmation extraordinairement ambitieuse.

La rampe de lancement est pourtant déjà amorcée. En 2026, BofA table sur 90 000 unités livrées. En 2030, ce chiffre atteindrait 1,2 million, soit un taux de croissance annuel composé de 86 %. C’est plus rapide que les débuts du marché des véhicules électriques.

Graphique de croissance du marché des robots humanoïdes de 2026 à 2060 selon Bank of America
La trajectoire de croissance projetée par BofA pour les robots humanoïdes dépasse celle des véhicules électriques à leurs débuts. Illustration générée.

Le moteur : la pénurie mondiale de main-d’oeuvre

La révolution robotique ne sera pas portée par la mode technologique. Elle sera portée par la démographie. Au Japon, en Allemagne, en Corée du Sud, les actifs vieillissent plus vite qu’ils ne sont remplacés. Aux États-Unis, l’inflation salariale dans la logistique, l’entreposage et les soins aux personnes âgées dépasse régulièrement l’inflation générale depuis plusieurs années.

BofA formule le raisonnement de façon directe : vous n’avez pas besoin d’un robot parfait. Vous avez besoin d’un robot qui se présente au travail, ne démissionne pas, et coûte moins que des employés devenus introuvables. En décembre 2025, lors du Humanoids Summit réunissant plus de 2 000 dirigeants et investisseurs, le consensus était sans appel : « La question est vraiment de savoir combien de temps ça va prendre. »

D’abord les entrepôts, ensuite les salons

Les humanoïdes n’arriveront pas directement dans les cuisines. En 2027, selon les données Counterpoint Research citées par BofA, 72 % des installations se concentreront dans trois secteurs : l’entreposage et la logistique (33 %), l’automobile (24 %) et l’industrie manufacturière (15 %). Les applications domestiques ne représentent que 12 % des déploiements prévus à cet horizon. Le robot qui range votre salon, c’est une histoire des années 2040. Le robot qui décharge vos camions, c’est une histoire de 2027.

Cette tendance est déjà visible dans les partenariats en cours. UPS négocie activement avec Figure AI pour déployer des humanoïdes dans son réseau logistique. Tesla fait travailler ses Optimus en heures rémunérées dans ses Gigafactories. Le PDG d’Arm, Rene Haas, estime que l’IA physique automatisera de « larges sections » des usines dans les cinq à dix prochaines années.

La course aux coûts, le vrai accélérateur

En 2025, un robot humanoïde fabriqué en Chine affichait un coût de fabrication de 35 000 dollars. BofA prévoit que ce chiffre tombera sous 17 000 dollars d’ici 2030. Côté occidental, les robots en phase pilote coûtent encore entre 90 000 et 100 000 dollars à produire, ce qui laisse une compression colossale à venir. La startup norvégienne 1X propose déjà la location de son robot domestique à 499 dollars par mois. Unitree commercialise son G1 à 13 500 dollars.

L’investissement confirme l’élan : les financements dans la robotique humanoïde sont passés de 700 millions de dollars en 2018 à 4,3 milliards en 2025. Plus de 50 sociétés construisent activement des humanoïdes, avec 150 lancements commerciaux déjà enregistrés.

Les sceptiques ne sont pas sans arguments

Rodney Brooks, co-fondateur d’iRobot et roboticien au MIT, juge que la vision du robot domestique humanoïde universel relève de la « pure pensée fantaisiste ». Pour lui, les robots à roues resteront dominants dans les foyers. Peter Cappelli, professeur à Wharton, estime que la panique autour des destructions d’emplois liées aux robots est prématurée. Ces critiques ne réfutent pas une projection sur 35 ans, mais elles rappellent que le chemin entre une annonce et un déploiement massif reste semé d’obstacles.

Notre analyse

La projection de BofA est ambitieuse, mais elle repose sur des mécanismes bien documentés. Le vieillissement des populations n’est pas une hypothèse, c’est une certitude démographique déjà en cours. La courbe des coûts ressemble à celle observée dans l’industrie solaire ou les batteries lithium : exponentiellement décroissante une fois que la production de masse s’emballe.

Ce qui reste incertain, c’est le calendrier et la trajectoire domestique. L’écart entre la ligne d’assemblage et la cuisine pourrait s’avérer bien plus large que prévu. Les risques réglementaires, les questions de responsabilité civile en cas d’accident, les standards de sécurité domestique n’ont pas encore de réponses claires. BofA met un chiffre sur une tendance réelle, mais les 35 années qui nous séparent de 2060 laissent de la place pour des surprises dans les deux sens.

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