À San José, le barbier Taiyadi « Magic » Day enregistre ses gestes de coupe avec cinq petites caméras portées sur le corps. Les séquences doivent fournir à Instawork Robotics Lab des données multimodales destinées à l’entraînement de systèmes robotiques.
Le dispositif ne signifie pas qu’un robot sait déjà couper des cheveux. Il documente précisément le travail d’un professionnel : position des mains, angle des outils, enchaînement des gestes et contexte spatial autour de la tête. Cette nuance est importante dans un domaine où la collecte de démonstrations humaines précède souvent de longtemps l’exécution autonome.
Cinq caméras pour capter un savoir-faire
Day, barbier depuis plus de trente ans, porte des caméras au niveau de la tête, du torse et des poignets, reliées à un sac léger. D’après le reportage d’ABC7, le système Instacore enregistre les angles des mains et apporte une perception spatiale en trois dimensions.
Une coupe de cheveux cumule plusieurs difficultés pour la robotique. La géométrie change à chaque geste, les mèches se déforment et les ciseaux évoluent près d’une personne. Le système doit aussi distinguer les mouvements décisifs des gestes accessoires. L’enregistrement d’un expert fournit un exemple riche, mais ne résout ni la perception, ni la sécurité, ni l’adaptation à chaque client.
Instawork mise sur les données humaines
Sur sa page officielle consacrée à la robotique, Instawork présente Instacore comme un système de collecte de données humaines multimodales. L’entreprise propose aussi des vidéos égocentriques réalisées dans des environnements réels, ainsi que des données de téléopération et d’interface de manipulation universelle.
Cette activité prolonge le métier historique d’Instawork, une plateforme de mise en relation avec des travailleurs. La société entend mobiliser ce réseau pour collecter des démonstrations variées et soutenir les opérations de terrain autour des robots. Elle affirme pouvoir faire passer ces opérations d’une à plus de mille personnes, mais ne publie pas encore de métriques indépendantes sur la qualité des données produites.
Le cas du salon de coiffure illustre l’intérêt et la limite de cette approche. Les données réelles peuvent couvrir des gestes fins difficiles à simuler. En revanche, elles doivent être annotées, synchronisées et converties en actions compatibles avec le corps d’un robot. Un bras articulé ne reproduit pas spontanément la dextérité, la force mesurée et les réflexes d’un professionnel.
Pas encore de robot barbier autonome
ABC7 ne montre pas de robot réalisant une coupe sur un client et Instawork n’annonce ni produit commercial, ni calendrier de déploiement. Le projet se situe donc au stade de la constitution de données, pas à celui d’un service automatisé.
Taiyadi Day voit cette participation comme une manière de transmettre son savoir-faire plutôt que comme un remplacement immédiat. Les questions de consentement des clients, de protection des vidéos et de responsabilité devront toutefois être traitées avant tout passage à une expérimentation robotique. Près du visage, la barre de sécurité sera autrement plus élevée que pour une manipulation d’objet sur une table.
