La Chine accélère ses recherches sur l’emploi militaire potentiel des robots humanoïdes, sans qu’aucun déploiement armé opérationnel ait été établi à ce stade. Une enquête de Reuters publiée le 7 septembre s’appuie sur plus de 100 avis d’achat, études, brevets, publications officielles et documents de groupes de défense.
Les travaux repérés portent surtout sur la perception, la manipulation, la collecte de données et l’intégration de robots aux côtés de soldats. Ils se sont intensifiés en 2025 et 2026, dans le prolongement de l’essor rapide de l’industrie chinoise des humanoïdes.
Des appels d’offres aux scénarios d’essai
Selon l’enquête Reuters, l’Armée populaire de libération a lancé en mai 2025 un appel d’offres pour l’achat d’un humanoïde, avec installation et formation technique. Quelques mois plus tard, une autre procédure cherchait un système combinant perception intelligente et manipulation dexterous.
En juin 2026, un budget d’environ 300 000 dollars a également été prévu pour collecter et annoter des données de caméra, radar et mouvement. L’objectif décrit est d’évaluer les terrains franchissables et de constituer les jeux de données nécessaires à l’apprentissage des machines.
Un article de chercheurs de l’Université nationale des technologies de défense, publié en août 2025, modélisait pour sa part un groupe d’assaut urbain mêlant humanoïdes, quadrupèdes et véhicules sans pilote. Il s’agissait d’un scénario prospectif à cinq ou dix ans, et non d’une capacité déclarée en service.
Fuxi mise sur la téléopération
L’enquête cite aussi Fuxi, un humanoïde développé par le conglomérat public Norinco. Les documents du constructeur lui attribuent des missions de surveillance, de reconnaissance et de patrouille. Une interface de téléopération permettrait à un humain de guider le robot à distance, ce qui réduit la dépendance à une autonomie encore fragile.
Cette voie est pragmatique. Les robots bipèdes restent énergivores, sensibles aux terrains imprévisibles et moins simples à déployer que des plateformes à roues, à chenilles ou à quatre pattes pour la logistique et la reconnaissance.
Des limites techniques et juridiques majeures
Reuters précise n’avoir trouvé aucune preuve d’un humanoïde armé affecté à une unité opérationnelle chinoise. Les démonstrations contrôlées ne suffisent pas à prouver qu’un robot peut distinguer un civil d’un combattant, interpréter une reddition ou continuer à fonctionner dans un environnement dégradé.
La question du contrôle humain demeure donc centrale. Le ministère chinois de la Défense avait indiqué en mars que les armes assistées par IA devaient rester sous contrôle humain. Le droit des conflits armés impose aussi des décisions contextualisées que les systèmes actuels ne savent pas garantir.
Notre analyse
Le signal le plus concret n’est pas l’image d’un humanoïde combattant, mais l’organisation d’une filière complète : achats de plateformes, collecte de données, essais de perception et téléopération. Cette progression rapproche la recherche militaire de l’écosystème robotique civil chinois, tout en laissant entière la question de l’utilité réelle du bipède face à des architectures plus robustes.
Source complémentaire : The Straits Times.
