Chine et Asie

En Chine, un nouveau métier est né : « entraîneur de robots humanoïdes »

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

Chen Wenhai a 23 ans, un casque de réalité virtuelle sur la tête et une combinaison de capture de mouvement sur le dos. Quand il lève le bras, le robot à ses côtés fait de même. Quand il ferme la main, les cinq doigts de la machine se replient. Quelques minutes plus tard, le robot moud du café, soulève une tasse et verse de l’eau chaude. Un americano fumant attend sur le comptoir.

Bienvenue au Centre d’innovation en robotique humanoïde du Hubei, à Wuhan, l’une des plus grandes plateformes d’entraînement de robots humanoïdes de Chine. Chen y exerce un métier qui n’existait pas il y a deux ans : entraîneur de robots.

Un travail d’une précision chirurgicale

Sur ses huit heures de travail quotidien, Chen ne récupère que trois heures et demie de données exploitables. Le reste part à la correction de gestes et à la répétition. Même un mouvement simple exige souvent des centaines, voire des milliers d’essais avant d’être intégré par le robot.

« Il n’existe aucun manuel pour former des robots », confie-t-il. « On explore tout depuis zéro. »

Zhou Mengkun, ingénieur à Hubei Optics Valley Dongzhi Embodied Intelligence Technology, l’entreprise qui emploie Chen, résume le rôle de ces formateurs : ils servent de pont entre la technologie et les applications réelles. Leur travail consiste à enseigner aux robots des tâches physiques, à collecter des données sur les trajectoires de mouvement, les forces exercées et les retours tactiles.

Un obstacle bien précis : les séquences d’actions

Pour Liu Luxi, 22 ans, également entraîneuse, la difficulté principale n’est pas d’apprendre une commande isolée à un robot. C’est d’enchaîner les gestes de façon naturelle, comme un humain le ferait spontanément.

Dans les scénarios de cuisine, par exemple, les robots doivent adapter leur prise selon la position et l’orientation des couteaux, des bols ou des récipients d’assaisonnement. Chaque situation est différente. Chaque objet requiert une approche recalibrée.

Le centre de Wuhan dispose de plus de 20 environnements simulés : hôpitaux, supermarchés, cuisines, bureaux. Les robots s’y entraînent aux tâches de préhension, de marche et de livraison, une à une, jusqu’à atteindre une fiabilité suffisante pour les déployer dans la vraie vie.

Un secteur qui recrute à toute vitesse

La demande pour ces profils explose. Selon la plateforme de recrutement Zhaopin, les offres d’emploi dans le secteur des robots humanoïdes en Chine ont bondi de 409% sur les cinq premiers mois de 2025, par rapport à l’année précédente. Le nombre de candidats a suivi, avec une hausse de 396%.

Des centres d’entraînement similaires poussent dans plusieurs provinces : Anhui, Zhejiang, Shandong. Li Dezheng, directeur général de Xingjie Innovation Robotics dans la ville de Binzhou, parle d’un « stade critique de percées technologiques et d’une expansion accélérée des scénarios d’application ».

Les robots humanoïdes avaient déjà impressionné le public lors du gala du Nouvel An chinois cette année, avec des numéros de kung-fu en duo avec des humains. Mais le vrai défi, c’est le déploiement industriel et domestique à grande échelle. Selon le cabinet Omdia, la Chine a assuré 90% des livraisons mondiales de robots humanoïdes en 2025. Morgan Stanley projette que les ventes chinoises doubleront à 28 000 unités en 2026.

Pour Chen, la ligne d’horizon reste simple : « J’espère qu’à travers notre travail, les robots apprendront plus solidement et fonctionneront plus précisément. Un jour, ils entreront dans davantage de foyers. »