GXO Logistics prévoit d’exploiter 20 000 robots dans ses entrepôts en 2026, mais aucun humanoïde ne devrait encore rejoindre ses opérations courantes cette année. Le logisticien teste pourtant activement cette catégorie de machines : il évoque 45 pilotes consacrés aux humanoïdes, sans passage à la production à ce stade.
Ces chiffres, communiqués dans un entretien publié par l’Association for Advancing Automation, illustrent l’écart entre la visibilité des humanoïdes et la réalité immédiate des entrepôts. GXO ne renonce pas à cette technologie. Le groupe estime simplement que les systèmes spécialisés et déjà éprouvés restent, pour l’instant, plus adaptés à un déploiement à grande échelle.
Une flotte dominée par les robots spécialisés
Le cap des 20 000 unités recouvre un ensemble de machines aux fonctions différentes : transport autonome de marchandises, déplacement de bacs, tri, palettisation ou assistance à la préparation de commandes. Ces robots évoluent dans des environnements structurés, où les flux, les zones de circulation et les interfaces de sécurité peuvent être définis avec précision.
Ce modèle tranche avec la promesse généraliste des humanoïdes. Une machine bipède est conçue pour s’intégrer à des installations pensées pour les humains et pour enchaîner plusieurs tâches. Cette polyvalence potentielle s’accompagne toutefois de contraintes supplémentaires : stabilité, autonomie énergétique, vitesse, fiabilité de la manipulation et sécurité à proximité des salariés.
Le choix de GXO est donc moins un jugement définitif sur les humanoïdes qu’un indicateur de maturité industrielle. Pour passer d’un pilote à une exploitation quotidienne, un robot doit tenir une cadence mesurable, rester disponible pendant de longues plages horaires et s’intégrer aux logiciels de gestion de l’entrepôt. Le coût total ne se limite pas au prix d’achat : maintenance, supervision, formation et adaptation du site entrent aussi dans l’équation.
Quarante-cinq pilotes pour mesurer les usages réels
Les 45 pilotes montrent que GXO continue néanmoins d’évaluer la technologie sur le terrain. Un opérateur logistique de cette taille dispose d’un point d’observation rare : il peut comparer plusieurs architectures dans des bâtiments, des flux et des conditions d’exploitation différents. Les essais servent notamment à déterminer si un humanoïde apporte un gain là où une plateforme mobile ou un bras fixe ne suffit pas.
La question centrale est celle du passage à l’échelle. Une démonstration réussie ne garantit ni la répétabilité sur plusieurs équipes ni la disponibilité exigée par un contrat logistique. En annonçant zéro humanoïde en production en 2026, GXO fixe une frontière claire entre test technique et outil industriel facturé au client.
Notre analyse
La stratégie de GXO rappelle que l’automatisation progresse déjà rapidement sans attendre un robot à forme humaine. Une flotte de 20 000 unités représente un marché concret pour les fabricants de robots mobiles, de systèmes de tri et de cellules de manipulation. Les humanoïdes devront démontrer qu’ils peuvent compléter cette base installée, pas seulement reproduire une tâche lors d’une vidéo.
Le signal n’est donc pas défavorable à la robotique humanoïde, mais il impose un calendrier plus industriel que médiatique. Les pilotes accumulent les données nécessaires sur les pannes, la sécurité et la productivité. La production commencera lorsque ces mesures rendront le déploiement défendable face à des solutions spécialisées souvent moins complexes.
Sources : Association for Advancing Automation et présentation technologique de GXO Logistics.
