Hugging Face vient d’ouvrir une boutique d’applications open source pour son robot de bureau Reachy Mini. La plateforme franco-américaine ajoute aussi un agent IA, baptisé ML Intern, qui code à la place de l’utilisateur. Plus de 200 applications sont déjà disponibles, conçues par 150 créateurs dont la plupart n’avaient jamais touché au code robotique.
Le lancement officiel s’est fait via un billet de blog du cofondateur Clément Delangue le 6 mai. Concrètement, l’utilisateur décrit en anglais ce qu’il veut faire faire à son robot. Un agent IA écrit le code, le teste, le déploie et corrige les bugs en boucle avec lui. Aucun SDK à apprendre, aucune compétence en robotique requise.

Un magasin d’apps pensé comme l’App Store de 2008
Reachy Mini est une création de Pollen Robotics, la startup française rachetée par Hugging Face en avril 2025. Le robot a été commercialisé dès juillet 2025, en deux versions. La Lite à 299 dollars se branche en USB et utilise un ordinateur externe. La Wireless à 449 dollars embarque un Raspberry Pi CM4 et du Wi-Fi. Hugging Face revendique aujourd’hui près de 10 000 unités vendues, dont 3 000 sur les deux dernières semaines, avec un nouveau lot de 1 000 robots prévu sous 30 jours.
Le store fonctionne comme un dépôt de logiciels classique. Chaque application vit dans un repo open source sur le Hub Hugging Face. On cherche, on installe en un clic, on duplique pour modifier. La modification se fait là encore en langage naturel, par exemple « réponds en français et joue une chanson quand je gagne ». Un simulateur 3D dans le navigateur permet d’essayer les apps sans posséder le robot physique.
Côté modèles, la plateforme n’est pas verrouillée. ML Intern fonctionne avec GPT-5.5, Claude Opus 4.6, Kimmy 2.6, Mini Max GM5 et DeepSeek V4 Pro. Pour le temps réel, les apps de conversation s’appuient sur OpenAI Realtime et Gemini Live.
Ce que les 200 premières applications laissent voir
Le catalogue actuel donne une idée du périmètre visé. On y trouve un assistant cuisine qui guide une recette pas à pas en mode mains libres, un tuteur de langues qui corrige l’accent, un commentateur de courses de Formule 1 en direct, un détecteur de smartphone qui rappelle à l’utilisateur de se remettre au travail, ou encore une version robotique du jeu « 1, 2, 3, soleil » de Squid Game.
Le plus parlant reste l’exemple de Joel Cohen, retraité de 78 ans installé en Caroline du Nord. Cet ancien dirigeant marketing, sans aucune expérience en code ni en robotique, a construit un co-animateur vocal pour les groupes de pairs CEO qu’il anime sur Zoom. Le robot reconnaît les 29 membres par leur prénom, lance des questions de relance et résume les sessions. Cohen explique avoir tout fait en décrivant ce qu’il voulait en anglais, Claude se chargeant du code.
Une bataille assumée contre les magasins fermés
Hugging Face a fait un choix ouvertement politique. Le code source du robot est public, le firmware est public, les apps sont publiques, et les traces des sessions de l’agent ML Intern sont elles aussi en accès libre. Pour l’instant, toutes les applications sont gratuites, sans option de monétisation pour les créateurs. Delangue assume la comparaison avec le lancement de l’App Store iPhone en 2008, mais en ouvert. Il pointe aussi le contraste avec les robots commerciaux fermés, citant le Spot de Boston Dynamics à environ 70 000 dollars ou les chiens robots chinois Unitree à partir de 1 900 dollars.
Le pari de Hugging Face est clair. La rareté des données robotiques empêche les modèles d’IA de bien gérer le hardware. En multipliant les Reachy Mini chez des particuliers, la société française et son équipe Pollen Robotics se constituent une bibliothèque de comportements et de logs d’exécution. Cette bibliothèque alimente à son tour les agents IA, qui deviennent meilleurs pour piloter le robot. Reste à savoir si l’effet de réseau opérera aussi vite que sur smartphone, et si les futurs modèles tiers viendront bien tester leurs capacités embodied AI sur Reachy Mini comme l’espère Delangue.
Sources : Hugging Face, VentureBeat, The Robot Report.

