Chine et Asie

La Chine envoie un porteur humanoïde à roues sur la Lune avec Chang’e-8, et défie Chang’e-7 sur le pôle sud lunaire

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

La Chine s’apprête à poser un nouveau type d’explorateur sur la Lune, avec un buste humanoïde et quatre roues. Le robot pèsera 100 kilos et fera partie de la mission Chang’e-8, dont le décollage est prévu en 2028 selon le calendrier officiel de la China National Space Administration. Sa mission : porter, déployer et installer les instruments scientifiques de la sonde après son atterrissage au pôle sud lunaire, et collecter des échantillons de surface.

Un porteur lunaire signé HKUST et trente partenaires

Le robot a été développé par une équipe dirigée par la professeure Gao Yang, à la tête du Hong Kong Space Robotics and Energy Centre, avec une trentaine d’universités et organisations spatiales partenaires à Hong Kong, en Chine continentale et à l’étranger. La professeure a présenté la machine le 29 avril dernier, dans une déclaration relayée par le South China Morning Post.

« Nous avons entendu dire que Chang’e-7 verra probablement le premier humanoïde se poser sur le pôle sud lunaire », a expliqué Gao Yang. « Mais notre robot ira sur une autre partie du pôle sud, c’est une zone très étendue et nous sommes curieux de l’explorer entièrement. C’est une démonstration inédite de robotique humanoïde sur la Lune, par la Chine, et nous sommes très fiers de ce design. »

Le format hybride retenu n’est pas anecdotique. Les ingénieurs ont écarté un humanoïde bipède classique pour un compromis : torse, bras articulés et tête robotisés sur un châssis quadricycle. Ce choix répond à une contrainte connue de l’exploration lunaire. Le régolithe lunaire est instable, glissant, et la marche bipède dépense beaucoup plus d’énergie que le roulage. Les bras articulés conservent l’avantage de manipulation fine d’un humanoïde, sans payer le coût locomoteur d’une silhouette anthropomorphe complète.

Deux missions, deux philosophies robotiques chinoises

L’annonce confirme que Pékin envoie deux générations de robots différentes au pôle sud lunaire. Chang’e-7, prévue avant Chang’e-8, doit déposer ce que les sources officielles présentent comme le premier humanoïde bipède à se poser sur la Lune. La sonde embarquera également un robot volant chargé de chercher de l’eau dans les cratères en ombre permanente.

Chang’e-8 viendra ensuite, avec le porteur HKUST à roues, sur une zone distincte. La mission s’inscrit dans la stratégie ILRS (International Lunar Research Station), la station de recherche lunaire que la Chine veut bâtir avec la Russie et plusieurs partenaires d’ici 2035. Le projet vise à long terme une présence humaine permanente, et donc des outils robotisés capables de préparer les infrastructures avant l’arrivée des taïkonautes.

Pour Hong Kong, c’est un signal politique fort. La région administrative spéciale n’a jamais piloté un instrument scientifique majeur sur une mission lunaire chinoise. HKUST gagne une visibilité internationale dans la course au pôle sud lunaire, où la NASA pousse Artemis 3 et l’ISRO indien capitalise sur le succès de Chandrayaan-3.

L’embodied AI sort de l’usine et part sur la Lune

Le contexte temporel ajoute une dimension à l’annonce. La Chine vient d’inscrire la robotique au cœur de son 15e Plan quinquennal 2026-2030, avec un focus explicite sur l’embodied intelligence. Morgan Stanley estimait début mai que les fabricants chinois représentent 90 % des 13 000 à 16 000 humanoïdes livrés mondialement en 2025.

Voir un robot HKUST décrocher un siège sur Chang’e-8 confirme que cette stratégie déborde maintenant le terrestre. La robotique chinoise ne se limite plus aux usines de Shenzhen ou aux entrepôts de Suzhou. Elle vise l’espace, les missions lointaines, et le prestige scientifique qui va avec.

Reste à voir comment le robot se comportera dans un environnement où la température oscille entre -170 et +120 degrés Celsius, où la poussière lunaire raye tout, et où la moindre panne mécanique se paie au prix fort. Les ingénieurs de Hong Kong ont quatre ans pour transformer un design ambitieux en machine spatiale qualifiée.