Les premières données consolidées sur les ventes de robots humanoïdes en 2025 sont publiées. Le constat est sans appel : la Chine a livré environ 90% des unités vendues dans le monde, répétant exactement la stratégie industrielle qui lui a permis de dominer les voitures électriques.
14 500 humanoïdes vendus, dont 90% chinois
Entre 13 000 et 18 000 robots humanoïdes ont changé de mains en 2025, selon les estimations croisées des cabinets Omdia et IDC. Les six premières entreprises du secteur sont toutes chinoises. Unitree, basée à Hangzhou, prend la tête mondiale avec 5 500 unités vendues, un chiffre rendu public pour la première fois. Agibot, à Shanghai, suit avec 5 168 unités.
De l’autre côté du Pacifique, Tesla a livré environ 150 robots Optimus. Malgré les déclarations d’Elon Musk promettant des humanoïdes plus nombreux que les humains d’ici 2040, les ventes commerciales ne sont pas attendues avant 2027.
Le playbook véhicule électrique, appliqué à la robotique
Lian Jye Su, analyste chez Omdia, résume l’avantage structurel : « La combinaison de soutien politique, d’investissement public, d’une chaîne d’approvisionnement mature et des avancées en IA logicielle et matérielle explique l’avance chinoise. » La Chine a inscrit la robotique humanoïde comme priorité technologique dans son 14e plan quinquennal dès 2021. Cinq ans plus tard, les chiffres en témoignent.
En 2025, 21 nouveaux modèles humanoïdes ont été introduits par des constructeurs chinois, contre seulement 3 en 2022. La concentration de fournisseurs de composants dans le delta du Yangtsé accélère les cycles de production et fait chuter les prix : le modèle d’entrée de gamme d’Unitree est disponible à 5 900 dollars, contre 14 500 dollars pour l’Agibot le moins cher.
Un marché encore embryonnaire, mais stratégique
Pour l’instant, ces robots sont vendus principalement pour la recherche, le retail et les déploiements industriels. La vente de masse grand public est projetée pour la fin des années 2030 selon Morgan Stanley, qui estime le marché à 5 000 milliards de dollars en 2050. Goldman Sachs table sur 38 milliards en 2035.
La vraie question posée par ces chiffres n’est pas technique. Si la Chine verrouille les mêmes avantages de coût et de volume qu’elle a obtenus sur les batteries et les panneaux solaires, le reste du monde ne sera pas simplement en retard. Il achètera ses robots à Shenzhen.
Notre analyse
Les chiffres de 2025 confirment une bifurcation industrielle. D’un côté, la Silicon Valley produit des communiqués de presse et des démos YouTube. De l’autre, Hangzhou et Shanghai expédient des caisses de robots. L’écart de 5 500 contre 150 unités n’est pas une anecdote : c’est le signal d’une transition structurelle semblable à celle des voitures électriques, jouée à vitesse accélérée. Les entreprises occidentales qui ne produisent pas à l’échelle en 2026 risquent de se retrouver dans la position de Volkswagen en 2020 face à BYD.