La marine coréenne confie le gouvernail à un robot humanoïde : PIBOT à la barre d’un destroyer Aegis

PIBOT le robot humanoide KAIST a la barre d un destroyer Aegis de la marine coreenne

Un robot humanoïde a tenu la barre d’un destroyer de la marine sud-coréenne lors d’un exercice en simulateur la semaine dernière. Ce n’est pas de la fiction : PIBOT, développé par le KAIST, a reçu des ordres de navigation et manœuvré les commandes de cap sur le bâtiment simulé du destroyer Aegis Seoae Ryu Seong-ryong, de 7 600 tonnes.

PIBOT le robot humanoïde de la marine coréenne à la barre d'un destroyer Aegis en simulateur
Crédit : Marine de la République de Corée / Korea Times

Un ordre, une réponse, une manœuvre

La séquence est précise : l’officier de quart donne le cap (« Port 10 degrees. Steer course 110. »), PIBOT répète l’ordre avant d’agir sur la roue, puis annonce le cap atteint. Le robot mesure 165 centimètres et pèse 65 kilos. Il a été entraîné sur la terminologie navale et les procédures de barre via un grand modèle de langage.

Ce premier essai s’est déroulé le 24 juillet au centre d’entraînement à la conduite des navires du Commandement de l’éducation et de l’entraînement de la marine à Changwon. L’exercice couvre les conditions difficiles : mer agitée, chenaux étroits, mauvaise visibilité et navigation de nuit.

Quatre phases avant la mer ouverte

Le programme est découpé en quatre étapes. D’abord le simulateur, ensuite les essais sur un navire amarré, puis des manœuvres en mer de jour, et enfin des opérations continues jour et nuit. Les données de performance de PIBOT collectées en phase 1 guideront la progression vers les phases suivantes.

Ce projet est financé à hauteur de 5,7 milliards de wons (environ 4,2 millions de dollars) par la Defense Acquisition Program Administration (DAPA) coréenne. La recherche est conduite par le professeur Shim Hyun-chul du KAIST, laboratoire à l’origine de plusieurs robots militaires et civils ces dernières années.

Un problème démographique qui force l’innovation

Derrière l’annonce technique se cache une urgence nationale. La Corée du Sud affiche l’un des taux de natalité les plus bas au monde. Le nombre de conscrits disponibles chute mécaniquement. La marine voit dans les robots une réponse concrète à cette réduction du vivier de recrues.

Le brigadier général Kim Hyung-jun, responsable du groupe d’analyse et d’évaluation de la marine, l’a dit clairement : « Les conclusions nous aideront à nous adapter de manière proactive à un environnement de défense façonné par le rétrécissement rapide du vivier de recrues militaires et les avancées technologiques. »

Concrètement, la marine envisage de confier à PIBOT des tâches qui mobilisent aujourd’hui un marin qualifié, libérant ainsi des effectifs pour des missions plus complexes. Ce n’est pas la suppression des marins, c’est leur réaffectation.

L’humanoïde comme standard militaire universel

Ce qui rend PIBOT pertinent pour la marine, c’est précisément sa morphologie humanoïde. Les navires ont été conçus pour des humains : leurs roues, leurs commandes, leurs interfaces supposent des mains et une taille humaine. Plutôt que d’adapter le navire à un système automatisé dédié, la marine coréenne choisit d’adapter un robot humanoïde aux équipements existants.

Un seul type de robot capable de tenir différents postes, sans modifier l’infrastructure du bâtiment. C’est l’argument central des partisans des robots humanoïdes en milieu militaire, et PIBOT en fait maintenant la démonstration à bord d’un destroyer de combat.

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