Deux semaines apres avoir annonce le premier deploiement d’un robot humanoide dans une salle de classe aux Etats-Unis, le district scolaire de Salamanca, dans l’ouest de New York, a mis le projet entre parentheses. La raison officielle : renforcer les protections de la vie privee des eleves. La raison reelle : une tempete parfaite de controverses qui menace de noyer le projet avant meme qu’il ait commence.
57 590 dollars et beaucoup de questions
Le district avait approuve le mois dernier un contrat de 57 590 dollars avec Realbotix pour deployer l’un de ses robots humanoide, baptise Sally, dans des cours de sciences, de technologie et d’arts a la rentree de septembre. Sally devait servir d’assistant pedagogique : generer des lecons, assurer des traductions en temps reel dans plus de 100 langues, et souffler aux enseignants leurs prochaines etapes en cas de blanc.
Le district ne cachait pas l’objectif. Mark Beehler, son surintendant, avait explique que les ecoles feraient mieux d’apprendre aux eleves a utiliser correctement la technologie plutot que de la bannir, sachant que « les eleves trouvent toujours un moyen de contourner la plupart des regles ».
Betty Rosa entre en scene
Le coup d’arret est venu de Betty Rosa, la commissaire a l’Education de l’Etat de New York. Apres une reunion avec les responsables du district, elle a formellement souleve des preoccupations sur l’impact potentiel du robot sur les eleves. Le district a alors annonce qu’il travaillerait avec le departement d’Etat de l’Education sur des garanties renforcees de protection des donnees des mineurs, et poursuivrait les discussions avec les parents et les parties prenantes.
La suspension prendra fin une fois ces accords de confidentialite renforces mis en place avec l’Etat. Pour l’instant, le lancement de septembre est compromis.
Le probleme Realbotix
La controverse depasse la simple question des donnees scolaires. Realbotix est une entreprise qui peine a echapper a son passe. Sa filiale Abyss Creations, qui fabrique les poupees RealDoll, a commercialise en 2022 le premier robot sexuel masculin avec elements robotises. Realbotix nie tout lien entre cette activite et le programme scolaire, mais la confusion est difficile a dissiper.
Le robot Sally lui-meme alimente les doutes : peau en silicone lisse, expression figee, perruque de longs cheveux bruns. Son robot de compagnie Aria, propose a 175 000 dollars sur le marche general, est decrit par des observateurs comme ostensiblement sexy. L’entreprise insiste sur le fait qu’Aria n’est pas un robot sexuel, mais la perception publique est rarement maniable.
Un choix de site qui ajoute aux tensions
Le choix de Salamanca n’est pas anodin. Le district scolarise une proportion importante d’eleves issus de la nation Seneca, communaute autochtone dont une partie considere l’experience comme « culturellement inappropriee ». Deployer un robot issu d’une entreprise controversee dans un etablissement a majorite autochtone a nourri un sentiment de cobaye.
Cette affaire illustre une difficulte recurrente dans le deploiement des robots humanoide en dehors des usines : la confiance publique se construit lentement, mais se brise vite. Realbotix maintient que Sally est congue pour soutenir les enseignants, pas les remplacer. L’avenir du projet depend desormais des negociations entre le district et Albany.
