Des chercheurs de l’Université des sciences et technologies du sud (SUSTech) à Shenzhen viennent de publier un système robotique inhabituel : un exosquelette portable baptisé Centaur, conçu pour transformer son porteur en quadrupède lors du transport de charges lourdes.
Le principe est simple dans l’idée, mais complexe dans l’exécution : une base robotique multi-pattes se fixe dans le dos de l’utilisateur via une plaque partagée. Quand ce dernier marche, les pattes robotiques fonctionnent en coordination avec ses propres jambes, formant un système hybride à quatre points d’appui.
Répartir la charge, pas juste l’amortir
La plupart des exosquelettes actuels agissent comme des amortisseurs ou des amplificateurs musculaires. Ils aident à soulever mais laissent le poids sur les épaules et les jambes du porteur. Le Centaur fonctionne autrement : le robot prend en charge une partie de la charge verticale, réduisant directement la fatigue physique globale.
Selon l’article publié dans l’International Journal of Robotics Research (IJRR), le système « optimise la distribution de la charge sur le corps humain » et « réduit les contraintes physiques ». Les auteurs ont conçu le robot avec des modèles dynamiques spécifiques pour que les mouvements des pattes robotiques et des jambes humaines restent synchronisés dans des conditions réelles de marche. L’équipe est dirigée par le professeur Chenglong Fu, spécialiste de la biomécanique de la marche.
Pensé pour des environnements exigeants
L’application principale visée est le transport de charges en terrain varié. Les porteurs militaires en opération, les secouristes en montagne, les ouvriers sur des chantiers ou en entrepôt sont les candidats naturels. Contrairement aux exosquelettes traditionnels qui fonctionnent mieux sur surfaces planes, la configuration quadrupède permet en théorie de mieux absorber les irrégularités du terrain.
Le laboratoire de Chenglong Fu à SUSTech travaille depuis plusieurs années sur les interfaces homme-machine dans le domaine de la locomotion. Le Centaur s’inscrit dans une approche précise : plutôt que de construire des robots autonomes, l’équipe explore comment des robots peuvent fonctionner en symbiose directe avec le corps humain.
Un angle différent dans la robotique portable
Le résultat visuel est surprenant. L’utilisateur devient temporairement un être à quatre pattes, avec deux jambes humaines devant et deux pattes robotiques derrière. Ce n’est pas un robot qui remplace l’humain, c’est un robot qui le reconfigure mécaniquement le temps d’une tâche physique.
A l’heure où la plupart des projecteurs sont braqués sur les robots humanoïdes autonomes, ce type de travail rappelle qu’il existe un autre chemin : augmenter directement le corps humain plutôt que le substituer. Le Centaur n’a pas encore de date de commercialisation, mais la publication dans IJRR marque une étape sérieuse vers une validation du concept.