Le ministère britannique de la Défense a tranché. Le 15 mai 2026, Anduril UK a confirmé avoir été retenu pour la phase suivante de Project NYX, le programme britannique qui doit doter les hélicoptères d’attaque AH-64E Apache de drones autonomes capables de voler en escorte. Aux côtés d’Anduril, trois autres industriels poursuivent la course : BAE Systems Operations, Tekever et Thales UK. Le MoD prévoit de sélectionner jusqu’à deux finalistes à l’automne 2026 pour passer au prototype, avec une mise en service opérationnelle visée pour 2030.
Le contrat porte sur une enveloppe initiale de 10 millions de livres et concerne ce que les Britanniques appellent un « loyal wingman », un drone capable d’accompagner un hélicoptère piloté et de prendre en charge des missions de reconnaissance, d’acquisition de cible, de guerre électronique et, à terme, de frappe. L’idée n’est plus de télépiloter un drone, mais de lui confier une intention de mission. C’est ce qu’Anduril appelle le « command rather than control ».
Pourquoi un Apache a besoin d’un ailier robotique
L’AH-64E reste l’un des hélicoptères d’attaque les plus capables en service dans l’OTAN. Mais l’environnement opérationnel a changé. La multiplication des défenses antiaériennes en couches, la guerre électronique généralisée et l’explosion des drones bon marché côté ennemi ont rendu très risquée toute mission de pénétration en profondeur. L’Ukraine en a livré une démonstration grandeur nature depuis trois ans.
Project NYX propose une réponse simple sur le papier : plutôt que d’envoyer l’Apache et son équipage de deux personnes au contact, on envoie d’abord une nuée de drones autonomes pour détecter, identifier et engager. L’hélicoptère devient un nœud de commandement réseauté qui décide à distance et concentre les frappes critiques. La décision létale, elle, reste sous autorité humaine, conformément à la doctrine OTAN.
L’offre technique d’Anduril : VTOL hybride et architecture ouverte
Anduril ne révèle pas tous les détails techniques, mais le profil se dessine. La plateforme est conçue comme un VTOL (décollage et atterrissage verticaux) à propulsion hybride-électrique, capable de se déployer de façon autonome sur de longues distances et d’opérer dans des environnements contestés. La charge utile dépasserait, selon l’entreprise, le seuil exigé par l’appel d’offres.
Surtout, Anduril insiste sur le caractère modulaire et interopérable de son drone. Capteurs, effecteurs, charges utiles tierces : tout doit pouvoir être remplacé ou ajouté au fil du temps, à mesure que les menaces évoluent. C’est un point central pour le MoD, qui se méfie des plateformes propriétaires fermées après ses mésaventures sur d’autres programmes aériens.
Une montée en puissance industrielle au Royaume-Uni
Au-delà du contrat lui-même, Anduril joue la carte de la souveraineté. La filiale britannique a été créée en 2019 et compte aujourd’hui plus de 100 ingénieurs, designers et spécialistes au Royaume-Uni. Son centre d’essais au nord du Pays de Galles sert de banc d’essai régulier pour les systèmes autonomes du groupe.
L’écosystème industriel mobilisé est entièrement britannique : GKN Aerospace, Isembard, Atom Performance Technologies, Flarebright, ISS Aerospace et Rowden Technologies. Archer Aviation, le constructeur californien d’eVTOL, apporte son expertise sur la motorisation hybride depuis son nouveau hub d’ingénierie à Bristol. Anduril dit avoir déjà investi plusieurs dizaines de millions de livres sur fonds propres et avoir réalisé des vols d’essai d’un démonstrateur grandeur réelle.
Un mouvement allié, pas une initiative isolée
Project NYX s’inscrit dans une tendance plus large côté américain. Au polygone de Yuma (Arizona), l’US Army a déjà testé en mars 2026 le lancement d’un drone Altius 700 d’Anduril depuis un Apache, à la fois en vol stationnaire et en mouvement. L’expérience baptisée Cross Domain Fires Concept Focused Warfighting Experiment 26 a validé la faisabilité opérationnelle du tir d’effets lancés depuis hélicoptère.
Le constat est partagé des deux côtés de l’Atlantique : l’Apache, conçu à l’origine comme tueur de chars de la guerre froide, mute en nœud de combat networké. La France, qui exploite ses Tigre et négocie l’acquisition de drones MALE, observe avec attention. Le programme Tempest, l’avion de combat de sixième génération, prévoit lui aussi ses propres ailiers robotiques. Project NYX donne au Royaume-Uni un coup d’avance opérationnel sur ce segment précis : un drone autonome conçu spécifiquement pour voler avec un hélicoptère d’attaque, là où les programmes Tempest visent l’aviation de chasse.
Source : Army Recognition