Un geste millimétrique répété à l’infini
Placer une puce semiconductrice sur une ligne de production en mouvement, avec une marge d’erreur inférieure au millimètre : c’est désormais la mission quotidienne de Lingshu, robot humanoïde de 1,66 mètre développé par la startup chinoise Youibot. La scène se déroule dans une usine de Hefei, province d’Anhui — et ce n’est plus de la science-fiction.
Zhang Zhaohui, fondateur et directeur général de Youibot, explique la logique industrielle : « Contrairement aux robots industriels traditionnels qui exécutent des tâches programmées à l’avance, les robots humanoïdes permettent à un seul système d’IA de piloter différents types de corps mécaniques, ce qui est bien plus efficace. »
Un robot aussi productif que douze humains
Les chiffres avancés par Youibot sont frappants. Un Lingshu peut accomplir le travail de 8 à 12 employés par poste, tout en fonctionnant 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Le robot est déjà déployé dans des usines d’électronique et des centres logistiques à Hefei, Suzhou (province du Jiangsu) et Chongqing.
Les ingénieurs de Youibot poussent les tests plus loin encore : ils expérimentent la cueillette de feuilles de thé. L’opération exige une précision extrême — les feuilles sont fragiles, poussent de façon irrégulière, et doivent être saisies sans dommage. Pour les équipes de Youibot, ce défi représente une démonstration parfaite de la dextérité générale du système, bien au-delà des environnements industriels contrôlés.
Xi Jinping en visite à Beijing E-Town, le gouvernement légifère
Ces déploiements s’inscrivent dans une dynamique politique très claire. En février 2026, le président Xi Jinping a visité Beijing E-Town, pépinière nationale de technologies émergentes, marquant son intérêt personnel pour les industries du futur. Quelques semaines plus tôt, lors d’une session d’étude du Bureau politique du Parti, il avait insisté sur l’importance de « cultiver des industries du futur » pour développer de nouvelles forces productives.
Le Rapport de travail du gouvernement 2026 a formalisé cet engagement : il prévoit des mécanismes de soutien à l’investissement dans les industries du futur, dont l’IA incarnée, la technologie quantique, les interfaces cerveau-ordinateur et la 6G. C’est la deuxième fois consécutive que l’IA incarnée figure explicitement dans ce document de référence.
Un Turing Award pour valider la trajectoire
Yao Qizhi, lauréat du prix Turing et académicien à l’Académie des sciences de Chine, confirme le positionnement du pays : « En cinq ans, la Chine a fait des progrès rapides en IA incarnée, notamment pour les robots humanoïdes, atteignant le premier rang international dans certains domaines. »
Il décrit l’IA incarnée non pas comme une percée technologique isolée, mais comme « un projet systémique qui combine puissance de calcul, algorithmes, matériels et données du monde réel. » Une vision cohérente avec la stratégie industrielle chinoise, qui ne parie jamais sur une seule technologie mais sur la maîtrise simultanée de toute la chaîne de valeur.
Selon le Centre de recherche pour le développement du Conseil d’État, le marché de l’IA incarnée en Chine pourrait dépasser 400 milliards de yuans (55 milliards de dollars) en 2030 et 1 000 milliards de yuans en 2035. À ce rythme, Lingshu n’est sans doute que le premier d’une longue série à envahir les lignes de production mondiales.