Bloomberg a levé le voile sur l’une des plus grosses levées de fonds de l’histoire de la robotique européenne. Neura Robotics, la startup allemande de Metzingen fondée par David Reger, aurait bouclé un tour de financement d’environ 1 milliard d’euros, mené par Tether Holdings, l’émetteur du plus grand stablecoin mondial. La valorisation implicite s’établirait à environ 4 milliards d’euros — plus prudente que les rumeurs d’automne qui évoquaient 8 à 10 milliards.
Le 4NE-1 Gen 3.5 : le robot qui veut tourner 24h/24 en usine
Neura Robotics n’est pas une startup qui vend des démos. Son robot phare, le 4NE-1 Gen 3.5, mesure 180 cm, embarque le processeur NVIDIA Thor T5000, une vision à 360°, un système de gestion de batterie intelligent et une peau sensorielle conçue pour sécuriser l’interaction avec les humains. L’objectif affiché : une opération en continu 24h/24, 7j/7.
L’entreprise a présenté son écosystème au CES 2026 en janvier sous le nom de Neuraverse, une plateforme IA conçue pour servir de « cerveau universel » à ses machines. En pratique, le 4NE-1 a déjà été intégré aux systèmes de gestion d’entrepôt de SAP pour des tâches de picking autonome.
Une organisation mondiale pensée pour la montée en puissance
Neura Robotics a passé la dernière année à décentraliser ses opérations pour bâtir une chaîne de valeur complète :
- R&D à Zurich : fin 2025, l’entreprise a déplacé sa recherche en robotique humanoïde vers la Suisse, au cœur de la « Robotics Valley » européenne proche de l’ETH Zurich, pour se concentrer sur l’IA physique et les capacités cognitives.
- Fabrication en Inde et en Chine : un partenariat avec Sona Comstar en Inde et une filiale à 45 millions d’euros créée à Hangzhou, en Chine, pour gérer son carnet de commandes déjà valorisé à près d’un milliard de dollars par le CEO David Reger.
- Composants : un accord avec l’industriel Schaeffler pour sécuriser l’approvisionnement en actionneurs haute-couple, un des principaux goulots d’étranglement de la production d’humanoïdes.
Tether parie sur le monde physique
Pour Tether, l’opération s’inscrit dans une stratégie d’investissement dans les « technologies de frontière ». La société, qui a enregistré un bénéfice de 13,4 milliards de dollars en 2024, diversifie ses réserves dans l’IA, les data startups et les interfaces cerveau-ordinateur comme Blackrock Neurotech. Elle avait aussi participé à un tour de 70 millions d’euros dans Generative Bionics, concurrent italien dans la robotique humanoïde.
Le CEO de Tether, Paolo Ardoino, ne fait pas mystère de sa vision : « Des trillions d’agents IA et des milliards de robots. » En misant sur Neura, Tether choisit une approche « software-first » de la robotique, dans un secteur de plus en plus capital-intensif où les concurrents lèvent eux aussi des centaines de millions.
L’Europe dans la course
Neura Robotics est l’un des rares acteurs européens capables de tenir la cadence face aux géants américains (Boston Dynamics, Figure, Physical Intelligence) et aux centaines de startups chinoises financées par Pékin. Avec un milliard d’euros en caisse, l’entreprise a désormais le runway pour franchir le gouffre entre la démonstration et le déploiement à grande échelle.
L’article de Bloomberg, publié le 4 mars, précise que Neura Robotics n’a pas encore confirmé officiellement l’opération. Mais les discussions seraient « avancées ».
