OpenAI a annoncé lundi 11 mai la création d’OpenAI Deployment Co., une filiale dédiée au déploiement de l’IA en entreprise, dotée d’un ticket d’entrée de plus de 4 milliards de dollars. Surnommée DeployCo, la structure ouvre avec le rachat de Tomoro, un cabinet londonien de conseil en IA appliquée, et un casting d’investisseurs qui veulent tous une part du gâteau de la transformation IA des grands comptes.
Quatre milliards, dix-neuf investisseurs, une promesse
Le tour de table de DeployCo réunit dix-neuf cabinets de conseil, fonds d’investissement et intégrateurs systèmes. TPG mène la danse en tant qu’investisseur leader. Advent, Brookfield et la branche investissement de Bain Capital prennent les sièges de co-lead. Au-dessous, on retrouve B Capital, BBVA, Emergence Capital, Goanna, Goldman Sachs, SoftBank, Warburg Pincus et WCAS comme partenaires fondateurs. Brookfield a dévoilé un chèque de 500 millions de dollars à lui seul.
Le fait que Goldman Sachs investisse également dans Anthropic Services Co., concurrent direct lancé il y a quelques semaines, dit beaucoup sur l’état du marché. Les banques d’affaires veulent être exposées aux deux poids lourds du laboratoire à la fois, comme elles l’avaient fait pour les acteurs du cloud dans les années 2010.
Tomoro, première acquisition d’une longue liste
Le rachat de Tomoro, cabinet de conseil basé à Londres spécialisé dans l’ingénierie IA appliquée, fournit la première équipe opérationnelle de DeployCo. Les conditions financières ne sont pas communiquées. OpenAI prévoit d’autres acquisitions pour étoffer rapidement ses effectifs et ses zones géographiques de couverture.
Le modèle d’engagement repose sur des « forward-deployed engineers » (FDE), des ingénieurs envoyés en immersion chez le client pour identifier les zones où l’IA peut peser le plus lourd, redessiner les workflows critiques et bâtir des systèmes durables. Ce vocabulaire de l’ingénieur intégré rappelle directement le playbook de Palantir, qui a fait de cette approche le cœur de son business.
La filiale reste contrôlée à 100 % par OpenAI
DeployCo opère comme une business unit autonome, mais OpenAI en garde la majorité et le contrôle. Le but affiché est de maintenir la proximité avec la recherche, le produit et les équipes de déploiement maison. Les ingénieurs FDE auront accès en avant-première à la roadmap des modèles, des outils et des patterns de déploiement de la maison mère, un argument commercial puissant face aux Big Four.
Denise Dresser, chief revenue officer d’OpenAI, justifie la création de DeployCo par un constat simple. « L’IA devient capable de faire un travail de plus en plus significatif au sein des organisations. Le défi maintenant, c’est d’aider les entreprises à intégrer ces systèmes dans les infrastructures et les workflows qui font tourner leur activité. » DeployCo est conçu pour combler cette friction, qui freine encore l’adoption à grande échelle.
La guerre des conseils en IA est ouverte
L’annonce suit de quelques semaines celle d’Anthropic, qui a lancé son propre Claude Partner Network avec une dotation initiale de 100 millions de dollars et un programme de certification. Les deux laboratoires ne se contentent plus de vendre des tokens. Ils veulent capturer la valeur en aval, là où les Accenture, Capgemini et Deloitte se sont historiquement gavés sur les transformations digitales.
Capgemini, classé numéro 4 du Solution Provider 500 de CRN, fait justement partie des investisseurs de DeployCo. Le numéro un français du conseil IT joue sa propre partition : continuer à vendre des prestations Capgemini classiques, tout en touchant des dividendes si DeployCo cannibalise une partie de son marché. Une posture défensive lucide, qui montre que les acteurs historiques ont compris où soufflait le vent.
Pour les solution providers traditionnels, le défi devient existentiel. Beaucoup misent sur leur connaissance fine des process métier et sur la confiance bâtie en plusieurs décennies. Mais face à des FDE qui débarquent avec un accès direct à la roadmap GPT-6, l’argumentaire de la confiance pourrait ne pas suffire. La bataille pour le marché du conseil IA, estimé à plus de 200 milliards de dollars d’ici 2030 par les analystes, ne fait que commencer.