Le district de Shijingshan, à Pékin, a inauguré vendredi la troisième phase de son centre de formation dédié aux robots humanoïdes. L’installation, pilotée par Beijing Shijingshan Science and Technology Innovation Co et Beijing Tashan Technology Co, peut accueillir simultanément plus de 100 robots de marques différentes. Sa particularité : combiner vision, mouvement et capteurs tactiles pour constituer ce qui est présenté comme la plus grande base de données robotique de Chine.

Saisir un oeuf sans le casser
Le défi technique illustré par le centre résume toute la complexité de la manipulation robotique : saisir un oeuf cru sans le casser. Dong Jianqiang, responsable de la plateforme de formation Tashan, explique pourquoi c’est aussi difficile qu’il y paraît. « Un robot doit percevoir comment un objet change de forme lorsqu’on le touche, et comment il reprend sa forme normale lorsqu’on le relâche. » Les systèmes visuels seuls ne suffisent pas : ils ont des angles morts et ne capturent pas les micro-déformations. Les données de contact physique sont essentielles pour un déploiement à grande échelle.
Le centre propose des environnements simulés représentant quatre univers : maisons, hôtels, supermarchés et usines. Les robots y apprennent d’abord en simulation contrôlée, puis passent environ une semaine en entraînement physique avant d’être déployés en conditions réelles.
Une phase 1, une phase 2 et maintenant la maturité
La phase 1, terminée en mars 2025, avait déployé 100 bras robotiques sur roues et créé le premier centre de collecte de données spécialisé de Pékin. La phase 2 avait élargi la capacité. La phase 3 marque une rupture qualitative : plusieurs dizaines de modèles de robots issus de fabricants différents s’entraînent désormais sur la même plateforme. Auparavant, chaque phase se limitait à quelques modèles d’une seule marque. Cette ouverture multi-constructeurs est la clé pour développer des systèmes robotiques polyvalents, selon Dong.
Les données collectées servent à trois usages : fournir des jeux de données aux entreprises développant des modèles d’IA avancés, entraîner des robots pour des applications spécifiques, et soutenir des projets plus larges de construction de scénarios et de mise à l’échelle des déploiements.
Pourquoi c’est stratégique pour la Chine
Fu Hang, directeur du centre de services intégré du parc Zhongguancun Shijingshan, souligne que les phases 1 et 2 ont posé les bases de la collecte de données à grande échelle. La phase 3 passe à une étape supérieure : la cross-formation entre robots de différentes architectures. En clair, un modèle entraîné sur un robot AgiBot peut potentiellement être transféré à un robot Unitree ou UBTech.
Ce type d’infrastructure publique est caractéristique de la stratégie industrielle chinoise : investissement étatique massif en amont, pour abaisser les barrières à l’entrée pour tous les acteurs privés. Les 140 fabricants chinois de robots humanoïdes n’ont pas tous les moyens de construire leur propre centre de collecte de données. Shijingshan leur offre une ressource partagée, accélérant collectivement la filière.