La startup américaine Foundation a livré deux robots humanoïdes Phantom MK-1 à l’Ukraine en février. Leur mission actuelle : mener des opérations de reconnaissance sur le front. C’est la première fois que des robots de forme humaine sont déployés dans un conflit armé actif, selon un reportage de Time Magazine publié cette semaine. Un tournant que le co-fondateur de la société décrit lui-même comme « bouleversant ».
Un robot conçu pour imiter un soldat
Le Phantom MK-1 est un robot bipède de grande taille, conçu pour se déplacer dans des environnements pensés pour des humains. Son principal avantage tactique revendiqué : une signature thermique comparable à celle d’un être humain, susceptible de tromper les systèmes de surveillance adverses. Mike LeBlanc, co-fondateur de Foundation et vétéran du Corps des Marines américain avec plus de 300 vols de combat en Afghanistan, résume l’argument commercial :
« Combien de mitrailleuses de calibre 50 avons-nous ? Combien de lance-grenades ? Combien de Humvees ? Nous avons besoin de quelque chose qui puisse interagir avec tout cela. »
L’objectif à long terme est que le robot soit capable d’utiliser « n’importe quelle arme conçue pour un humain ». Pour l’instant, les deux unités déployées en Ukraine ont une mission strictement limitée à la reconnaissance, notamment dans des bunkers où les drones ne peuvent pas pénétrer.
L’Ukraine, laboratoire grandeur nature
Le pays lance désormais jusqu’à 9 000 drones par jour. Pour des startups comme Foundation, ce terrain représente une opportunité unique d’affiner leur technologie en conditions réelles, dans une logique de boucle de rétroaction continue. LeBlanc décrit ce qu’il a vu sur place comme « une guerre de robots à part entière, où le robot est le combattant principal et les humains sont en soutien ». Un contraste radical avec ses missions en Afghanistan, où la technologie n’était qu’un outil au service des soldats.
L’intégration des Phantom en Ukraine respecte pour l’instant les protocoles du Pentagone, qui imposent une autorisation humaine avant tout engagement d’une cible. Foundation insiste sur ce point.
Un carnet de commandes militaire déjà bien rempli
Foundation a sécurisé 24 millions de dollars de contrats de recherche avec l’armée, la marine et l’armée de l’air américaines. Des tests sont également prévus avec le Corps des Marines pour entraîner le Phantom à poser des charges explosives sur des portes lors d’assauts en bâtiment. La société est par ailleurs en contact avec le département de la Sécurité intérieure (DHS) pour une éventuelle mission de patrouille à la frontière sud des États-Unis.
Les limites actuelles restent réelles
Lors du reportage de TIME sur le terrain, l’un des robots est tombé plusieurs fois avec fracas. Les humanoïdes sont lourds, coûteux, ont besoin de recharges régulières et restent instables sur des terrains irréguliers. Chacun est animé par environ 20 moteurs, dont la défaillance d’un seul peut compromettre l’ensemble du système.
Les risques de cybersécurité sont également prégnants. Un drone capturé livre déjà des données sensibles à l’adversaire. Un robot humanoïde piraté ouvre la voie à un scénario autrement plus préoccupant : le retournement d’une flotte entière contre ses propres créateurs. Les experts soulignent aussi le risque de « hallucinations » des modèles d’IA embarqués dans des systèmes létaux.
La version suivante, le Phantom MK-2, est attendue en avril. Elle disposera d’une électronique consolidée pour réduire les risques de court-circuit, d’une étanchéité améliorée, de batteries plus grandes et d’une capacité de charge allant jusqu’à 80 kilogrammes.