Reliable Robotics, basée à Mountain View en Californie, vient d’annoncer une levée de 160 millions de dollars pour accélérer l’industrialisation et le déploiement de son Reliable Autonomy System (RAS), présenté comme le premier système d’autonomie d’aéronef destiné à recevoir une certification de la Federal Aviation Administration. L’entreprise, fondée en 2017, avait déjà signé en août dernier un contrat de 17,4 millions de dollars avec l’US Air Force pour des opérations de fret aérien automatisé dans le théâtre Indo-Pacifique.

Une autonomie qui se greffe sur les avions existants
La promesse technique de Reliable Robotics tient en une phrase : son système peut être installé sur n’importe quel avion certifié et n’impose aucune modification du système national d’espace aérien (NAS). Le RAS prend en charge les phases critiques du vol, de la roulage au décollage et à l’atterrissage. L’objectif est de répondre aux causes les plus courantes d’incidents aériens : facteurs humains, fatigue des pilotes, erreurs de procédure.
« L’aviation est vitale pour notre économie et notre sécurité nationale, mais pour répondre à la demande, elle doit pouvoir passer à l’échelle en toute sécurité », explique Robert Rose, cofondateur et CEO. « L’automatisation lève les contraintes, elle nous permet d’atteindre un débit supérieur avec un niveau de sécurité encore plus élevé. » L’entreprise revendique des plans de certification déjà acceptés par la FAA, des moyens de conformité validés et plusieurs issue papers clos.
Plus de 200 commandes signées, mix civil et militaire
La levée a été menée par Nimble Ventures, avec la participation continue d’Eclipse, Lightspeed, Coatue et Pathbreaker Ventures. Côté nouveaux entrants, le tour de table inclut Island Green Capital, Socium Ventures (Cox Enterprises), AE Ventures (partenaire stratégique de Boeing), RTX Ventures, Presidio Ventures (Sumitomo), UP.Partners et plusieurs fonds spécialisés. John Burbank, de Nimble Ventures, rejoint le conseil d’administration.
Le financement intervient après la signature d’engagements pour plus de 200 systèmes auprès de clients commerciaux et militaires. Reliable Robotics indique avoir presque triplé ses effectifs depuis sa précédente levée. Au-delà du contrat avec l’US Air Force, la société a été retenue en mars dernier avec la ville d’Albuquerque pour le programme pilote eIPP du Département américain des Transports, dédié à l’accélération du fret aérien régional autonome.
Le pari de la certification plutôt que de l’eVTOL
Reliable Robotics se distingue volontairement des constructeurs d’eVTOL et autres taxis volants. Pas de nouvelle plateforme exotique : la société travaille sur des avions de fret existants comme le Cessna 208 Caravan, déjà éprouvés et certifiés. Cette approche réduit drastiquement la longueur du chemin réglementaire. C’est aussi un argument auprès des armées, qui apprécient de pouvoir faire évoluer leur flotte sans nouveau cycle d’acquisition matériel.
Lirio Liu, ancienne directrice exécutive du FAA Aircraft Certification Service, salue le parcours de la société : « La FAA construit le système aérospatial le plus sûr et le plus efficace au monde. Les avancées des technologies autonomes ne peuvent se faire que lorsqu’elles sont certifiées et alignées avec les objectifs de sécurité de l’agence. » Le général à la retraite Richard D. Clarke, ancien commandant du US Special Operations Command, abonde : l’approche dual-use offre aux forces américaines « l’agilité et la liberté de mouvement nécessaires pour exécuter les concepts opérationnels modernes ».
Calendrier opérationnel : 2026, année du premier vrai test
Le programme avec l’US Air Force ainsi que celui d’Albuquerque doivent démarrer leurs opérations cette année. L’entreprise continue à livrer les pièces de conformité prévues au plan accepté par la FAA. Si la certification commerciale aboutit dans la foulée, Reliable Robotics se positionnera comme un fournisseur clé dans un segment où Boeing, Airbus, mais aussi des startups comme Joby Aviation ou Wisk, n’ont pas encore franchi les obstacles réglementaires majeurs.
Pour le secteur de la robotique terrestre et aérienne, la levée envoie un signal fort : la prochaine vague d’investissement majeure se joue moins sur les démos spectaculaires que sur la patiente conquête de la certification. La même logique se déploie côté humanoïdes industriels, où Schaeffler, Siemens ou Accenture cherchent à industrialiser plutôt qu’à impressionner.
Source : The Robot Report