Les six plus grands fabricants de robots humanoïdes au monde sont tous chinois. C’est l’un des faits les plus frappants qui ressortent des données de livraisons 2025, publiées par Forbes en janvier. Pendant que Tesla et Figure AI communiquent abondamment sur leurs prototypes, Unitree et Agibot expédient des robots par milliers.
36 fois plus de robots livrés que les concurrents américains
Le marché mondial a livré 13 317 robots humanoïdes en 2025, tous constructeurs confondus. Sur ce total, les entreprises chinoises trustent les six premières places du classement : Agibot en tête, suivi d’Unitree, puis d’UBTech, Leju Robotics, Engine AI et Fourier Intelligence.
Selon TechCrunch, Unitree aurait livré environ 36 fois plus d’unités que ses concurrents américains Figure et Tesla combinés l’an dernier. Pour une technologie souvent présentée comme une course entre la Silicon Valley et Pékin, le résultat laisse peu de place au débat sur qui tient la corde pour l’instant.
L’avantage de la chaîne d’approvisionnement
Comment expliquer cet écart ? Selina Xu, spécialiste des politiques chinoises en matière d’IA au bureau d’Eric Schmidt, donne une réponse claire : la chaîne d’approvisionnement hardware. La Chine a construit, via le secteur des véhicules électriques, une base industrielle sans équivalent mondial pour les batteries, les capteurs et les composants électroniques. Les fabricants de robots peuvent s’appuyer sur cet écosystème pour produire plus vite et moins cher.
Concrètement, cela permet d’itérer bien plus rapidement sur les modèles. Quand un constructeur occidental met dix-huit mois à passer d’un prototype à une version améliorée, ses concurrents chinois peuvent en sortir deux ou trois dans le même laps de temps.
Le robot G1 d’Unitree est commercialisé à 13 500 dollars, soit environ 12 500 euros. C’est encore un prix élevé pour le grand public, mais très bas comparé aux solutions industrielles équivalentes des concurrents occidentaux.
Du show télévisé aux usines
La visibilité de la robotique chinoise a encore augmenté lors du Gala du Nouvel An chinois 2026, l’émission la plus regardée du pays avec plusieurs centaines de millions de téléspectateurs. Quatre fabricants y ont présenté leurs robots : Galbot, Unitree, Noetix et MagicLab. Des robots ont effectué des numéros de kung fu en direct, une opération de communication à l’échelle nationale qui n’a pas d’équivalent ailleurs dans le monde.
Mais au-delà des shows, le vrai signal vient des usines. « Le changement, c’est que les clients posent maintenant des questions pratiques : est-ce que le robot tient dans un environnement réel ? Est-ce qu’il décharge vraiment les équipes ? » explique Yuli Zhao, directeur de la stratégie de Galbot, à TechCrunch. La demande passe de la curiosité à l’opérationnel.
Un marché encore minuscule, mais en croissance rapide
13 317 unités en 2025, c’est peu. Très peu. Pour donner une référence, l’industrie automobile mondiale produit environ 90 millions de voitures par an. Mais les projections donnent le vertige : le secteur de la robotique humanoïde devrait doubler chaque année pour atteindre 2,6 millions d’unités livrées en 2035.
Si la Chine maintient son avance de volume et de prix, elle pourrait reproduire avec les robots ce qu’elle a réussi avec les voitures électriques : partir de zéro, investir massivement, industrialiser avant les autres, et imposer ses standards sur le marché mondial. Le reste du monde a encore quelques années pour répondre.
