Les robots de sécurité américains accumulent les contrats annulés

Robots de sécurité Knightscope K5 stationnés dans un parking aux États-Unis
Des robots Knightscope K5 et K1 photographiés en Californie. Photo: Votpuske, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Des robots de sécurité mobiles, longtemps présentés comme une alternative crédible à certaines rondes humaines, rencontrent une réalité plus dure sur le terrain américain. Une enquête publiée le 10 août par Proof News, reprise par 404 Media, recense au moins 21 déploiements de robots de sécurité depuis 2015 et indique que 13 programmes ont déjà pris fin.

Le cas le plus visible reste Knightscope, dont les robots K5 et modèles apparentés ont été testés dans des gares, parkings, campus, centres commerciaux ou espaces publics. Selon Proof News, l’entreprise concentre aussi une grande partie des annulations observées. À New York, le robot installé de nuit dans la station Times Square a été retiré à l’expiration du pilote en 2024. À Dublin, dans l’Ohio, la municipalité a stoppé son projet après moins de dix mois, estimant que le robot ne répondait pas pleinement aux besoins opérationnels.

Un problème d’usage, pas seulement de technologie

Ces machines promettent une présence continue, des caméras mobiles, parfois la lecture de plaques ou la détection d’incidents. Mais la sécurité quotidienne repose souvent sur des situations ambiguës: parler avec une personne agitée, comprendre un contexte local, désamorcer un conflit ou décider de ne pas intervenir. C’est précisément là que les limites apparaissent.

Proof News cite des responsables locaux qui n’ont pas observé d’impact clair sur les arrestations, les contraventions ou la réponse aux incidents. À l’aéroport de San Antonio, un essai mené en 2024 aurait buté sur des problèmes de scan de badge, de communication et de navigation. Le contrat annuel n’a pas été prolongé.

Knightscope ne renonce pas pour autant au marché. Son dirigeant William Santana Li défend désormais une approche hybride, combinant robots, logiciel d’analyse et gardes humains. L’entreprise a d’ailleurs annoncé cette année l’acquisition d’Event Risk, une société de sécurité privée, signe que le robot seul ne suffit pas à porter l’offre.

Notre analyse

L’intérêt de cette enquête est de déplacer la question. Le débat ne porte plus seulement sur la capacité d’un robot à patrouiller sans fatigue, mais sur la valeur mesurable d’un service robotisé dans un environnement réel. Un robot peut enregistrer, alerter, dissuader par sa présence et couvrir des zones régulières. Il peut aussi devenir un symbole coûteux si personne ne sait expliquer ce qu’il détecte mieux, plus vite ou moins cher qu’une équipe humaine.

Pour l’industrie robotique, la leçon dépasse la sécurité. Les déploiements les plus solides sont ceux où la tâche est étroite, répétable et associée à un indicateur clair: inventaire, inspection, transport interne, nettoyage ou surveillance technique. Dans la sécurité publique ou privée, le besoin est plus social, juridique et opérationnel. C’est moins favorable à une substitution directe.

La trajectoire de Knightscope montre donc une maturation du marché: les robots mobiles peuvent rester utiles, mais comme capteurs et outils d’assistance dans une chaîne humaine, pas comme solution autonome vendue seule. Pour les collectivités et gestionnaires de sites, l’enjeu sera d’exiger des pilotes plus transparents: coût total, incidents réellement traités, taux d’erreur, données collectées et bénéfices après retrait du robot.

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