L’agence américaine ARPA-H accorde à Siemens Healthineers jusqu’à 31,1 millions de dollars sur cinq ans pour développer une plateforme de robotique endovasculaire autonome et pilotable à distance. Le projet vise la thrombectomie mécanique pratiquée lors d’un accident vasculaire cérébral ischémique aigu.
Traiter plus vite malgré la distance
Une thrombectomie consiste à retirer un caillot qui bloque un vaisseau sanguin du cerveau. L’intervention est peu invasive, mais elle exige du matériel spécialisé et une équipe expérimentée. Son efficacité dépend fortement du délai : chaque attente supplémentaire augmente le risque de décès ou de handicap durable.
Siemens veut combiner robotique endovasculaire, guidage par l’image, dispositifs médicaux dédiés et intelligence artificielle. À terme, la machine devrait pouvoir réaliser une intervention à longue distance sans présence directe de l’opérateur au chevet du patient. La technologie est encore en développement et n’est pas commercialisée.
Le besoin avancé par ARPA-H est important. Aux États-Unis, plus de la moitié de la population vivrait à plus d’une heure d’un centre capable d’effectuer une thrombectomie. Parmi environ 335 000 patients qui pourraient y être éligibles chaque année, seuls 12 % recevraient actuellement ce traitement.
Un programme pouvant atteindre 36,5 millions de dollars
Le financement public peut atteindre 31,1 millions de dollars sur cinq ans. Siemens Healthineers doit ajouter 5,4 millions de dollars, ce qui porte l’investissement cumulé potentiel à 36,5 millions. Le projet relève du programme AIR, pour Autonomous Interventions and Robotics, conduit par l’ARPA-H.
Stryker participe comme sous-bénéficiaire. Les deux groupes avaient noué en 2025 un partenariat consacré aux interventions neurovasculaires robotisées. Siemens apporte notamment son expérience en imagerie et en systèmes interventionnels, tandis que Stryker est spécialisé dans les dispositifs neurovasculaires.
Une autonomie médicale qui devra être démontrée
L’objectif dépasse la téléopération classique. Siemens évoque une robotique autonome capable d’intégrer les images, de guider les instruments et d’exécuter une partie du traitement. Une telle architecture devra prouver sa précision, sa gestion des incidents et la possibilité pour une équipe médicale de reprendre la main immédiatement.
Les contraintes réglementaires seront également élevées. Il faudra valider le robot, les instruments, les logiciels de décision et la chaîne de communication comme un ensemble cohérent. La sécurité du réseau devient critique dès lors qu’une intervention dépend d’un lien à distance.
Si ces obstacles sont franchis, l’intérêt concret serait de rapprocher une expertise rare des hôpitaux éloignés des grands centres neurovasculaires. Le financement ne garantit pas une mise sur le marché, mais il donne au projet une durée et des moyens suffisants pour passer d’une ambition technique à des essais cliniques encadrés.
