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SquareMind lève 18 millions de dollars pour son robot Swan qui scanne le corps entier à la recherche de mélanomes

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

SquareMind, une medtech française spécialisée dans l’imagerie dermatologique, vient de boucler une levée de 18 millions de dollars en série A. Objectif : industrialiser le robot Swan, qui scanne le corps entier d’un patient en quelques minutes pour repérer les mélanomes plus tôt et désengorger la dermatologie hospitalière.

L’opération a été menée par Bpifrance via son fonds Deeptech 2030 et l’américain Sonder Capital. Elle financera l’industrialisation, le déploiement européen et l’arrivée du robot Swan sur le marché américain, où la pénurie de dermatologues est tout aussi forte qu’en France.

Un robot qui photographie la peau entière en quelques minutes

Le robot Swan est un système d’imagerie automatisé qui réalise une cartographie haute résolution de l’ensemble du tégument cutané, comparable à ce qu’un dermatologue obtient au dermatoscope mais à l’échelle du corps complet. La machine déplace des capteurs d’imagerie autour du patient, capture les images, puis confie l’analyse à un logiciel d’aide au diagnostic.

L’intelligence artificielle embarquée détecte les variations entre deux examens espacés dans le temps. Cette logique de suivi longitudinal est le vrai produit médical : 80 % des mélanomes apparaissent sous la forme de nouvelles taches cutanées, et leur identification précoce améliore considérablement le pronostic. Pour le dermatologue, le gain est mesurable : moins de temps passé à documenter, plus de temps consacré au diagnostic.

Une réponse à une dermatologie française saturée

SquareMind cible un secteur sous tension. En France, le délai moyen pour obtenir un rendez-vous chez un dermatologue atteint 95 jours. Sur la même période, les diagnostics de cancers cutanés ont triplé depuis 1990, avec entre 141 200 et 243 500 nouveaux cas annuels selon Santé publique France. La startup positionne Swan comme un outil de désengorgement, capable de prendre en charge la phase d’imagerie pour libérer du temps médical.

Le modèle commercial est pensé pour s’adapter aux structures hospitalières. Le robot est proposé à la vente autour de 200 000 euros ou en location, selon les capacités budgétaires des établissements. SquareMind mise sur cette flexibilité pour entrer aussi bien dans les CHU que dans les cabinets de groupe et les cliniques privées.

Une plateforme robotique et logicielle intégrée

Swan ne se résume pas à une machine d’imagerie. SquareMind a conçu une chaîne complète qui combine trois briques : le dispositif robotique d’acquisition d’images, un logiciel d’analyse assistée pour le dermatologue, et une application web dédiée au suivi longitudinal des patients. Le médecin garde la décision clinique mais s’appuie sur des données structurées dans le temps, comparables d’un rendez-vous à l’autre.

Cette logique d’intégrateur est l’angle stratégique de la startup. Le marché de l’imagerie dermatologique reste fragmenté entre éditeurs de logiciels d’analyse d’image et fabricants d’équipements spécialisés. SquareMind unifie les deux pour standardiser l’examen et bâtir un référentiel utilisable sur la durée. C’est aussi ce qui justifie le ticket à 200 000 euros : ce que l’hôpital achète n’est pas un appareil photo très précis, mais un parcours patient harmonisé.

Le pari international avec deux investisseurs complémentaires

Le tour de table associe Bpifrance, qui pilote le fonds public Deeptech 2030 dédié aux startups de rupture industrielle, et Sonder Capital, fonds américain spécialisé en medtech. Le mariage est cohérent : le premier finance la phase d’industrialisation et la consolidation européenne, le second ouvre la porte du marché américain, où le besoin clinique est massif et la solvabilité des hôpitaux plus élevée qu’en Europe.

SquareMind bénéficie également du soutien de la Commission européenne, qui a financé une partie des travaux préliminaires sur Swan. Cette légitimité institutionnelle joue à plein dans un secteur réglementé, où le marquage CE médical et l’approbation FDA conditionnent l’accès au marché.

L’enjeu industriel commence maintenant. SquareMind doit passer de la production en petite série à un volume compatible avec un déploiement à l’échelle européenne, et préparer son entrée aux États-Unis. La startup parisienne rejoint ainsi une vague tricolore active dans la robotique médicale, où l’on retrouve aussi Quantum Surgical, Moon Surgical ou Robocath. Reste à transformer un outil technologique séduisant en standard d’examen, ce qui ne se joue pas dans les benchmarks mais dans les services de dermatologie.

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