En Ukraine, les robots terrestres Murakha transportent munitions et blessés

Robot terrestre chenillé transportant des caisses de ravitaillement sur un terrain boueux
Illustration générée pour RoboActu représentant un robot terrestre logistique sur terrain difficile.

Les robots terrestres ukrainiens prennent une place plus concrète dans la logistique de front. Dans un reportage publié le 10 août, Al Jazeera décrit l’usage de Murakha, un robot chenillé produit par Robotic Complexes à Ternopil, pour transporter des munitions, des vivres, des antennes radio et, dans certaines configurations, évacuer des blessés.

Murakha, dont le nom signifie fourmi en ukrainien, mesure un peu plus d’un mètre de haut selon le reportage. Sa garde au sol élevée et ses chenilles lui permettent de franchir boue, rues endommagées et terrains irréguliers à une vitesse pouvant atteindre 12 km/h. Les opérateurs pilotent l’engin depuis des abris situés loin de la zone la plus exposée, à partir du retour caméra embarqué.

Une logistique robotisée sous contrainte

Le rôle premier de ces robots n’est pas spectaculaire: apporter ce qui manque sans envoyer immédiatement un soldat dans une zone couverte par des drones, de l’artillerie ou des tirs directs. Al Jazeera rapporte qu’un Murakha peut transporter plusieurs centaines de kilogrammes de chargement, tirer une remorque et servir de relais radio pour élargir la portée opérationnelle de drones.

Le reportage décrit aussi des usages plus offensifs ou de récupération. En avril, deux robots terrestres auraient participé à la capture d’une position russe dans la région de Kharkiv, l’un détruisant l’entrée d’un abri et l’autre bloquant la sortie. L’article cite également des modules d’évacuation blindés, chauffés et ventilés, conçus pour ramener un blessé hors d’une zone dangereuse.

Robotic Complexes n’est pas seul. Plus de 200 startups ukrainiennes travailleraient sur des systèmes terrestres similaires, dans un écosystème de guerre où les retours des unités modifient rapidement les machines. Les ateliers dispersés autour de Ternopil servent aussi à réduire le risque qu’une frappe unique paralyse la production.

Notre analyse

Le sujet illustre un basculement important: les robots terrestres quittent le registre du démonstrateur pour devenir des outils de logistique, de liaison et parfois d’action directe. Ils restent moins visibles que les drones aériens, mais leur charge utile, leur autonomie et leur capacité à circuler près du sol changent l’équation pour certaines missions.

Leur faiblesse reste nette. Des soldats cités par Al Jazeera soulignent leur vulnérabilité aux drones adverses et les limites de l’évacuation de blessés sous feu. Un robot lent, bruyant ou bloqué peut devenir une cible. Sa valeur dépend donc de la préparation de mission, de la qualité radio, de la réparabilité et de la coordination avec les unités aériennes.

Pour la robotique civile, l’enseignement est plus large: les plateformes chenillées robustes, téléopérées et réparables rapidement progressent sous des contraintes extrêmes. Les mêmes briques, vision embarquée, navigation sur terrain dégradé, relais radio, modules de charge, auront des retombées dans l’inspection industrielle, le secours, les mines ou les infrastructures. L’Ukraine montre toutefois que le robot utile n’est pas nécessairement humanoïde ni entièrement autonome: il doit surtout faire économiser du risque humain sur une tâche précise.

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