Un robot humanoïde nommé Bebop a retardé d’une heure et demie un vol Southwest Airlines reliant Oakland à San Diego jeudi 30 avril. La compagnie a finalement confisqué ses batteries lithium, jugées au-dessus de la limite réglementaire. La scène, captée par les passagers, illustre un angle mort des transports aériens face à la nouvelle clientèle robotique.
Le robot, qui mesure 1,20 mètre et pèse environ 32 kilos, voyageait pour assurer une prestation événementielle. Avant l’embarquement, Bebop a même improvisé une petite démonstration de danse pour distraire les passagers. Une fois sanglé sur son siège, l’ambiance a tourné. Le personnel au sol a multiplié les questions sur la nature et la capacité de ses batteries.
Une batterie lithium au-dessus du seuil Southwest
« Ils sont arrivés et ont commencé à demander quel type de batteries il avait, ce qui se passait, et tout », raconte Eily Ben-Abraham, employée d’Elite Event Robotics, à ABC7. Sa collègue Chana Ben-Abraham suivait le vol depuis le sol : « Et pendant ce temps, je vois en ligne, retard sur le tarmac. »

Dans un communiqué transmis à la presse locale, Southwest Airlines a expliqué que la batterie lithium de Bebop dépassait la taille maximale autorisée par la compagnie. Elle a été confisquée avant le départ, ce qui a déclenché le retard. La FAA limite les batteries lithium-ion en cabine à 100 Wh par cellule, et exige un accord préalable de la compagnie pour la fourchette 100-160 Wh. Au-delà, les batteries doivent voyager en fret cargo.
Elite Event Robotics envoie des batteries en express à Chicago
Conséquence directe : la société d’animation événementielle, basée dans la région de la baie de San Francisco, a dû organiser une expédition express de batteries de remplacement vers Chicago, où Bebop devait honorer un événement le dimanche suivant. « Nous envoyons des batteries en overnight à Chicago demain pour pouvoir assurer la prochaine demande », a indiqué Chana Ben-Abraham.
Pour limiter les futurs incidents, l’entreprise a aussi adapté la configuration physique du robot. « Pour le moment, on l’a fait passer sous les 100 livres, donc je ne devrais pas avoir à le faire marcher dans les terminaux », précise Eily Ben-Abraham. Sous les 45 kilos, Bebop reste éligible à l’embarquement comme bagage spécial sur la plupart des compagnies américaines.
Un cas d’école pour les robots qui voyagent en business
L’épisode dépasse l’anecdote. Avec la multiplication des humanoïdes commerciaux, les entreprises de location et d’animation événementielle font de plus en plus voyager leurs machines en avion de ligne. Or les compagnies aériennes n’ont pas, à ce jour, de procédure standardisée pour ce type de passager. Chaque cas se règle au comptoir, au gré de l’expérience du personnel et des batteries embarquées.
Le sujet va devenir structurant. Unitree, EX-Robots, 1X et plusieurs constructeurs chinois écoulent désormais des humanoïdes à moins de 10 000 dollars qui finiront fatalement par voyager en cabine. La FAA et la TSA travaillent depuis 2025 sur un cadre dédié aux robots passagers, avec une consultation publique attendue pour fin 2026. Les opérateurs comme Elite Event Robotics, qui louent leurs Bebop pour des conférences et des soirées d’entreprise, plaident pour des règles claires et harmonisées entre compagnies.
En attendant, Bebop a fini par décoller, sans ses batteries mais avec une certaine notoriété. Les vidéos du robot dansant dans le terminal d’Oakland ont fait le tour des réseaux sociaux, et Southwest se retrouve avec un cas pratique à intégrer dans ses prochaines fiches de procédure.
Sources : ABC7 News, San Francisco Chronicle, NBC Bay Area.