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Vancouver vote cette semaine sur l’arrivée des robots livreurs Serve Robotics : six mois de pilote sur les trottoirs du centre-ville

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

Le conseil municipal de Vancouver doit voter cette semaine sur une motion qui ouvrirait la voie à un projet pilote de six mois avec Serve Robotics, le spécialiste californien des robots de livraison sur trottoir. Si le vote passe, des robots autonomes circuleront dès l’automne 2026 dans le centre-ville et le quartier de Kitsilano, un déploiement encore rare au Canada.

Robot de livraison autonome Brian de Serve Robotics présenté à la mairie de Surrey
Crédit : Jason Payne / Postmedia (démonstration de « Brian » à Surrey en janvier 2026)

Une motion pilotée par le conseiller Mike Klassen

Le texte présenté par le conseiller municipal Mike Klassen demande aux services de la ville de travailler avec Serve Robotics pour cadrer le pilote. La société californienne s’est déjà rapprochée du bureau du maire, de plusieurs élus et du gouvernement de Colombie-Britannique pour activer ses robots dans Vancouver. La motion mentionne explicitement les déploiements existants à San Francisco, Los Angeles et Chicago comme preuve de maturité opérationnelle.

L’objectif affiché est pragmatique : tester la faisabilité, la sécurité et l’acceptabilité avant de décider d’une présence à plus grande échelle. Les ingénieurs municipaux travailleront avec Serve sur les exigences réglementaires et les détails opérationnels pendant la durée du pilote, qui doit durer six mois.

Modifier les règles avant de rouler

Pour que les robots roulent légalement, Vancouver doit d’abord faire évoluer ses arrêtés municipaux sur le commerce ambulant, qui ne prévoient pas le cas des robots-livreurs. La ville prévoit aussi de demander à la province de confirmer que ces engins entrent bien dans la définition des « micro-utility devices » créée par le Bill 23, le Motor Vehicle Amendment Act voté en 2023.

Les robots Serve sont plus costauds que les petits engins de la pub TD Bank qui ont popularisé l’image au Canada. Dotés d’un compartiment fermé qui s’ouvre via une application, ils circulent sur les trottoirs et naviguent autour des piétons grâce à un ensemble de caméras et de capteurs. Leur calculateur embarqué utilise désormais des puces Nvidia Jetson pour la perception et la planification, dans la lignée du tournant « Physical AI » revendiqué par la startup en 2025.

Le Canada en retard sur les États-Unis

Aux États-Unis, des milliers de robots circulent dans les grandes villes. Serve Robotics revendique des partenariats actifs avec Uber Eats à Los Angeles, Dallas, Miami et Vancouver Washington, et opère via Coco une flotte concurrente. Côté canadien, le marché est à peine entamé : Real Life Robotics, basé à Waterloo, a lancé l’an dernier un pilote avec Skip à Markham en Ontario, et Serve a fait sa première démonstration publique à Surrey, en banlieue de Vancouver, en début d’année.

Pour la municipalité, l’enjeu n’est pas seulement technologique. Le pilote doit aussi répondre à des questions concrètes : quelle place pour les robots sur des trottoirs déjà saturés, quelles protections pour les personnes à mobilité réduite, et quelle responsabilité en cas d’accident. Le maire Ken Sim a déjà ouvert la porte à des projets pilotes technologiques sur la voie publique, mais le dossier Serve Robotics sera l’un des premiers tests grandeur nature en environnement urbain dense.

Un test pour la livraison du dernier kilomètre

L’enjeu économique dépasse Vancouver. La livraison du dernier kilomètre représente la portion la plus coûteuse de la chaîne logistique e-commerce, et les robots-trottoirs visent les courtes distances en zone dense, là où voitures et scooters perdent du temps. Starship Technologies, l’autre acteur majeur, a passé la barre des 10 millions de livraisons autonomes en avril, sur 8 pays et 3 000 robots, signe d’une maturité réelle de la catégorie.

Si le pilote vancouvérois est concluant, il pourrait servir de gabarit pour Toronto, Montréal et Calgary, qui observent la dynamique sans avoir encore légiféré. À l’inverse, un pilote raté, ou un incident piéton, suffirait à figer l’expansion canadienne pour plusieurs années. Le vote attendu cette semaine est donc un signal qui dépasse largement le périmètre municipal.