La startup Verkor.io affirme avoir conçu de bout en bout un cœur de processeur RISC-V à l’aide d’un agent IA. Le composant, baptisé VerCore, tourne à 1,48 GHz et offre des performances comparables à un processeur d’ordinateur portable de 2011. C’est modeste sur le papier, mais c’est une première pour la filière.
L’information est révélée par IEEE Spectrum le 25 avril. Suresh Krishna, cofondateur de Verkor.io, présente l’enjeu sans détour : « Ce que nous avons appris, c’est qu’il vaut mieux laisser un agent IA résoudre l’ensemble du problème », plutôt que de cantonner l’IA à des sous-tâches spécialisées dans la chaîne de conception.
Design Conductor, un harnais pour LLM
Le système maison s’appelle Design Conductor. Ce n’est pas un modèle, mais un harnais qui force un grand modèle de langage à suivre une séquence structurée. Analyse de la spécification, écriture du fichier RTL qui décrit le flux de données du processeur, débogage, calcul de l’arborescence d’horloge, vérification du timing, génération du layout. Les étapes reproduisent le découpage classique d’une équipe d’architectes silicium.
L’agent travaille en autonomie à partir d’un prompt initial de 219 mots, publié dans le papier de recherche. Il livre un fichier GDSII, format standard utilisé par les outils d’automatisation de conception électronique. Synopsys et Cadence, les deux poids lourds du marché EDA, proposent déjà des outils agentiques. Mais leurs offres restent dans une logique d’assistance humaine. Design Conductor, lui, vise l’autonomie complète, du cahier des charges jusqu’à la sortie du fichier exploitable.
Douze heures et un Celeron de 2011
Le système a mis 12 heures à concevoir VerCore. Le résultat obtient un score CoreMark de 3 261, ce qui le situe à hauteur d’un Intel Celeron SU2300, un processeur sorti en 2011 sur l’architecture Penryn. Verkor.io ne cherche pas la performance brute, mais la preuve qu’un agent peut couvrir un flux complet.
Ravi Krishna, ingénieur fondateur, replace l’avancée dans une trajectoire. « Au milieu de l’année dernière, nous avons essayé de construire un multiplicateur en virgule flottante avec les modèles de l’époque. C’était un peu au-delà de leurs capacités. » VerCore, conçu en décembre 2025, marque le saut. « Si le modèle ne sait pas faire aujourd’hui, il saura dans six mois », ajoute-t-il, sans se positionner sur le caractère réjouissant ou inquiétant de la formule.
Une puce simulée, pas encore fondue
Quelques bémols à noter. VerCore n’est pas physiquement produit. Il a été vérifié en simulation avec Spike, le simulateur de référence du jeu d’instructions RISC-V, et placé sur une grille ASAP7, un kit de conception académique qui simule un nœud de gravure 7 nanomètres. Les deux outils sont standards dans le monde RISC-V open source. La puce peut faire tourner une variante d’uCLinux en simulation.
Verkor.io prévoit de publier les fichiers de conception fin avril, avec VerCore et plusieurs autres designs récemment finalisés par son agent. Une implémentation FPGA sera également présentée à DAC, la conférence de référence de l’EDA. Les sceptiques pourront alors juger sur pièces.
Quel signal pour la robotique
L’intérêt de RISC-V pour la robotique tient à sa licence ouverte et à son coût. Les SoC qui pilotent les capteurs, la perception ou la communication d’un robot ont peu d’intérêt à se payer une licence ARM ou à viser la performance d’un processeur Apple. Un cœur RISC-V à 1,5 GHz, conçu en quelques heures par un agent IA, ouvre la porte à des chips spécialisés conçus quasiment à la demande pour des sous-systèmes embarqués.
L’autre conséquence touche aux équipes elles-mêmes. La conception de cœurs CPU mobilisait jusqu’ici des dizaines d’ingénieurs sur plusieurs mois. Une montée en puissance de Design Conductor et de ses concurrents pourrait redistribuer le travail, en libérant les architectes humains pour la vérification, l’optimisation et les choix systèmes plutôt que pour le tracé bas niveau.
Source : IEEE Spectrum, Verkor.io